L’eau, nouvel axe de puissance et de stabilité en Afrique du Nord-Est.
Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi dernier la disponibilité des États-Unis à relancer leur rôle de médiateur dans le différend de longue date opposant l’Égypte et l’Éthiopie autour du partage des eaux du Nil. Cette initiative marque le retour assumé de Washington dans un dossier hautement sensible, à la croisée des enjeux hydriques, sécuritaires et géopolitiques en Afrique du Nord-Est. Dans une lettre adressée au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, Donald Trump a salué le rôle du Caire dans la médiation ayant conduit à un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, avant d’élargir son propos à la question du Nil. « Dans l’esprit de notre amitié personnelle et de l’engagement de l’Amérique en faveur de la paix et du bien-être du peuple égyptien, je suis prêt à reprendre la médiation américaine (…) afin de résoudre de manière responsable la question du partage des eaux du Nil, une bonne fois pour toutes », a-t-il écrit.
Un différend existentiel pour l’Égypte
Pour l’Égypte, pays désertique dépendant à plus de 95 % du Nil pour ses ressources en eau, le fleuve constitue un enjeu de sécurité nationale. Le barrage éthiopien de la Renaissance (GERD), construit sur le Nil Bleu et opérationnel depuis 2022, est perçu au Caire comme une menace stratégique susceptible d’affecter durablement l’approvisionnement en eau de plus de 110 millions d’habitants. Donald Trump a reconnu « l’importance profonde » du Nil pour l’Égypte, soulignant qu’un accord durable devait garantir les besoins à long terme non seulement du Caire, mais aussi du Soudan et de l’Éthiopie. « Aucun État de la région ne doit contrôler unilatéralement les précieuses ressources du Nil et désavantager ses voisins », a-t-il insisté.
Une médiation à haute valeur géostratégique
La relance d’une médiation américaine intervient dans un contexte de recomposition des équilibres régionaux. L’Éthiopie, puissance montante de la Corne de l’Afrique, revendique son droit souverain au développement énergétique, tandis que le Soudan demeure pris entre ses intérêts hydrauliques, ses fragilités politiques internes et ses tensions frontalières. Pour Washington, ce dossier dépasse la seule question de l’eau. Il s’agit aussi de préserver la stabilité d’une région stratégique reliant l’Afrique, le Moyen-Orient et la mer Rouge, axe vital du commerce mondial. Une escalade autour du Nil aurait des conséquences directes sur la sécurité régionale, les flux commerciaux et les alliances militaires.
Retour américain face aux influences concurrentes
L’offre de médiation de Donald Trump peut également être lue comme une tentative de réaffirmation de l’influence américaine, face à l’activisme diplomatique croissant de la Chine, de la Russie et des puissances du Golfe dans la région. Le financement du barrage éthiopien, largement endogène, symbolise la volonté d’Addis-Abeba de réduire sa dépendance aux bailleurs occidentaux. En se repositionnant comme arbitre, Washington cherche à restaurer son rôle de garant de l’ordre régional, tout en s’appuyant sur ses partenariats historiques, notamment avec l’Égypte.
Un dossier complexe, sans solution rapide
Malgré cette volonté affichée, les perspectives demeurent incertaines. Les précédentes tentatives de médiation, y compris sous l’égide américaine en 2020, avaient échoué faute de compromis sur les mécanismes de remplissage et de gestion du barrage en période de sécheresse. La proposition de Trump relance donc un processus diplomatique délicat, où l’eau apparaît plus que jamais comme un instrument de puissance, de négociation et de stabilité - ou, à défaut, un facteur de confrontation durable dans l’une des régions les plus sensibles du continent africain.










