Paris–N’Djamena : Mahamat Idriss Déby reçu à l’Élysée, le temps du dégel stratégique

Mercredi, Janvier 28, 2026 - 18:30

Un an après la rupture de l’accord de défense, la France et le Tchad testent un nouveau logiciel.

Le symbole est fort, presque calculé. Le 29 janvier 2026, le président tchadien Mahamat Idriss Déby sera reçu à l’Élysée par son homologue français Emmanuel Macron. Un tête-à-tête très attendu, un peu plus d’un an après la rupture brutale de l’accord de défense franco-tchadien, annoncée fin novembre 2024 et suivie du retrait express des forces françaises stationnées au Tchad. À Paris comme à N’Djamena, l’heure n’est plus à la crispation, mais à un réchauffement prudent. La séquence diplomatique s’est amorcée discrètement. Le président tchadien a récemment accordé une audience à l’ambassadeur de France à N’Djamena, Éric Gerard, au cours de laquelle a été évoqué « l’avenir de la coopération bilatérale appelée à se renouveler et à se redynamiser, en s’adaptant aux enjeux actuels », selon la présidence tchadienne. Une rencontre décrite comme « dense », marquée par « le dialogue et l’ouverture ».

Un message de Macron, une réponse positive de Déby

Au cœur de l’échange, un message verbal du président français Emmanuel Macron, invitant so homologue tchadien Mahamat Idriss Déby à effectuer une visite en France. La réponse favorable du chef de l’État tchadien est présentée comme « un signal fort » confirmant la volonté partagée de moderniser les relations entre Paris et N’Djamena. Une inflexion notable après quatorze mois de froid diplomatique, sur fond de recomposition des alliances africaines et de recul de l’influence française au Sahel. Pour autant, personne ne parle d’un retour au statu quo. « Il ne peut s’agir d’un retour à la situation antérieure, mais les deux pays ont dû faire le calcul de leurs intérêts communs », analyse l’anthropologue tchadien Remadji Hoinaty. Pour Paris, le Tchad reste un point d’ancrage régional stratégique, notamment en matière de renseignement, dans un Sahel fragilisé par les crises sécuritaires. Pour N’Djamena, la France demeure un allié diplomatique de poids, dans un contexte économique et sécuritaire tendu.

Un contexte régional sous pression

Le rapprochement intervient alors que le Tchad fait face aux retombées du conflit soudanais, à une pression migratoire accrue et à des contestations internes persistantes. Selon un chercheur de l’Institut pour les études de sécurité (ISS), « le Tchad n’est peut-être pas convaincu des résultats de sa politique de diversification et a sûrement besoin d’un appui international ». Une lecture partagée par plusieurs observateurs, qui voient dans cette ouverture vers Paris un ajustement pragmatique plutôt qu’un reniement politique.

Des critiques toujours vives

Ce réchauffement diplomatique ne fait toutefois pas l’unanimité. Dans les rangs de l’opposition et de la société civile, la méfiance demeure. « La France a plus à gagner en respectant ses valeurs qu’en soutenant un État répressif », estime Makaila Nguebla, défenseur des droits humains en exil. Il pointe notamment la détention de l’opposant Succès Masra et la dissolution de plusieurs organisations critiques du pouvoir. La rencontre du 29 janvier ne scellera donc pas une réconciliation pleine et entière, mais elle marque un tournant : Paris et N’Djamena renouent le fil du dialogue, conscients que, dans un Sahel fragmenté, la realpolitik reprend souvent le pas sur les ruptures symboliques.

Noël Ndong
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