Emmanuel Macron et l'Afrique : la refondation sous conditions

Mercredi, Janvier 28, 2026 - 19:15

Entre rupture revendiquée, désengagement assumé et lignes rouges géopolitiques.

Dans le documentaire France-Afrique, le divorce ?, diffusé par l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron livre sa lecture la plus aboutie – et la plus politique – de la transformation engagée depuis 2017 des relations entre la France et l’Afrique. Le président français y défend une thèse centrale : la France aurait rompu avec les logiques postcoloniales, quitte à accepter des retraits, des incompréhensions et une perte d’influence apparente. Se présentant comme le premier président français né après la colonisation, Emmanuel Macron insiste sur un décalage générationnel. Selon lui, « les trois quarts de la population africaine n’ont pas connu la colonisation », ce qui rend obsolète, à ses yeux, une relation structurée uniquement par le passé. Pour autant, il rejette toute démarche de repentance systématique, préférant une reconnaissance historique sans culpabilité institutionnelle. Une ligne de crête assumée, mais souvent critiquée.

Le chef de l’État revendique avoir démantelé progressivement les systèmes dits postcoloniaux, notamment dans le champ sécuritaire. Il réfute l’idée d’un recul stratégique de la France en Afrique, estimant que certaines critiques traduisent surtout une attente d’ingérence ou de rapports de force que Paris ne souhaite plus exercer. « Quand le cadre de coopération est rompu, nous en prenons acte et nous partons », résume-t-il. C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron évoque les ruptures au Sahel. Il affirme que le retrait français du Mali, du Burkina Faso ou du Niger s’est accompagné d’un rapprochement assumé de ces régimes militaires avec la Russie, qualifié de réponse à un « vide sécuritaire » créé par la fin de la coopération avec Paris. Pour le président français, ce basculement est révélateur de systèmes politiques nationaux défaillants, incapables de produire des solutions endogènes durables face au terrorisme.

La critique est plus frontale encore lorsqu’il qualifie la stratégie russe de « néocoloniale ». Emmanuel Macron vise explicitement le groupe Wagner, accusé de protéger avant tout les régimes en place, en échange d’un accès privilégié aux ressources minières, aux systèmes d’information et à des leviers d’influence durable. Selon lui, cette logique expose en priorité les populations civiles, premières victimes de l’insécurité persistante. En miroir, le président français affirme que la France n’entend plus soutenir ou renverser des régimes, ni s’inscrire dans des logiques d’intervention héritées du passé colonial. Une posture qui se veut cohérente, mais qui soulève une question centrale : peut-on refonder une relation tout en se retirant des zones de crise ? Pour illustrer son propos, Emmanuel Macron met en avant le Bénin, présenté comme un contre-exemple sahélien. Paris et Cotonou auraient maintenu une relation « stabilisée », fondée sur un dialogue politique continu et une coopération sécuritaire assumée, dans un cadre institutionnel respecté.

Le chef de l’État balaie également les polémiques liées à certaines de ses déclarations passées, les qualifiant d’échanges informels n’ayant pas altéré la relation bilatérale. À travers le cas béninois, Emmanuel Macron esquisse le modèle qu’il dit vouloir promouvoir : une coopération sélective, non interventionniste, fondée sur la volonté des États africains eux-mêmes. Une relation « décomplexée », tournée vers l’avenir, mais conditionnée au respect d’un cadre politique et institutionnel clair. Reste que cette refondation, revendiquée par Paris, continue de diviser en Afrique. Entre perception de désengagement, concurrence accrue d’acteurs comme la Russie ou la Chine, et attentes fortes des sociétés civiles africaines, le nouveau logiciel franco-africain est encore en phase de test. Plus qu’un divorce, la relation semble engagée dans une recomposition incertaine, où chaque partie redéfinit ses intérêts – parfois sans filet.

Noël Ndong
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