Gestion : le livre « Le management par les détails » présenté au public

Mardi, Mars 3, 2026 - 14:00

Et si le vrai pouvoir ne résidait pas dans les grandes visions, mais dans les gestes minuscules ? À l’École Supérieure de Gestion et d’Administration des Entreprises (ESGAE), ce n’est pas une théorie spectaculaire qui a été présentée, mais une discipline presque ascétique : apprendre à voir ce que les autres négligent.

 

Dans la salle des Actes, le professeur Roger Armand Makany, directeur général de l’institution, n’est pas venu vendre une recette miracle. Il est venu défendre une idée simple et subversive : le management échoue moins par manque de vision que par défaut d’attention. Son ouvrage, Le Management par les détails, publié aux Éditions L’Harmattan sous la direction du professeur Mukala Kadima-Nzuji et préfacé par André-Patient Bokiba, s’inscrit à rebours des manuels saturés de concepts globaux. Ici, le centre de gravité est déplacé : le détail n’est plus périphérique, il devient stratégique.

Makany s’attaque à ce qu’il appelle, sans le nommer comme un slogan, la culture du « globalement satisfaisant ». Cette zone grise où l’on se contente d’un résultat acceptable, où l’approximation devient méthode, où l’urgence sert d’excuse permanente. Sa thèse est radicale : les organisations ne s’effondrent pas toujours sous le poids de grandes erreurs, mais sous l’accumulation de petites négligences. Un paramètre omis, un contrôle bâclé, une procédure mal définie, et c’est tout un système qui se fissure.

L’analogie médicale éclaire le propos : on ne soigne pas un corps humain à grands traits. La précision sauve. De la même manière, dans le sport de haut niveau, une rencontre équilibrée se décide souvent sur un geste, un positionnement, un instant. Le management, affirme-t-il, obéit à la même logique invisible.

Lors de la présentation, Marcel Mbaloula, secrétaire général de l’ESGAE, a replacé l’ouvrage dans le contexte congolais : celui d’institutions en quête de performance durable. À ses yeux, la rigueur méthodologique défendue par Makany n’est pas un luxe académique, mais une nécessité structurelle. Même écho chez Hellot Matson Mampouya, haut-commissaire à l’organisation des états généraux de l’éducation nationale, qui voit dans cette réflexion une contribution directe au débat sur la qualité du management public et privé. Car la réforme ne tient pas seulement aux textes ; elle tient à leur application minutieuse.

Dans sa préface, André-Patient Bokiba propose une lecture presque philosophique du mot “détail”. Ce qui est petit n’est pas insignifiant. L’infime peut être fondateur. Du haïku japonais aux nanotechnologies, de la scène de crime à la gestion de l’eau ou de l’électricité, le livre multiplie les terrains d’application. Le message est constant : ignorer un détail, c’est parfois compromettre l’ensemble. L’intelligence artificielle elle-même illustre cette loi : la qualité d’une réponse dépend de la précision de la question. Plus le cadre est affiné, plus l’erreur recule.

Au-delà du management d’entreprise, Makany esquisse une hypothèse plus vaste : le développement des nations pourrait dépendre, en partie, d’une culture collective du détail. Les pays qui avancent seraient ceux qui institutionnalisent la rigueur, qui transforment l’exigence en habitude. Le manager par les détails n’est ni obsessionnel ni tatillon ; il est méthodique. Il ne confond pas rapidité et précipitation, ambition et approximation.

Au moment des dédicaces, les exemplaires circulent. Mais ce qui se joue dépasse la promotion d’un livre. C’est une invitation à changer de focale. Dans un monde fasciné par les grandes annonces et les réformes spectaculaires, Le Management par les détails propose une révolution silencieuse : gouverner en regardant de près. Et si, finalement, l’avenir des organisations, et peut-être celui des États, se décidait dans l’attention portée à ce que l’on croyait secondaire ?

Achille Tchikabaka
Légendes et crédits photo : 
1- L’auteur entouré des autres panelistes/Adiac ; 2- Lors de la séance dédicace/Adiac
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