Artiste visuel et initiateur de projets culturels à Brazzaville, Lebon Chansard Ziavoula, connu sous le nom de Lebon Zed, amorce un tournant décisif dans sa trajectoire. Actuellement en résidence d’écriture à Cotonou, au Bénin, dans le cadre des Ateliers cinéma de la Grande mine des cinéastes qui s’achèvent ce 27 mars, il porte un projet documentaire intime, entre mémoire familiale et réflexion universelle sur l’absence.
Depuis plusieurs années, Lebon Zed construit une œuvre singulière, enracinée dans l’image et la transmission. À travers ses initiatives telles que Kokutan'art et Mbongui art photo, il s’est imposé comme un acteur engagé dans la valorisation des récits visuels et des espaces de création au Congo. Aujourd’hui, son parcours connaît une évolution majeure. Après avoir longtemps exploré les possibilités de la photographie, l’artiste ressent le besoin d’élargir son champ d’expression. « La photographie reste au cœur de mon travail, mais le cinéma m’offre une autre manière de raconter des histoires, d’habiter les espaces et les émotions avec le temps et le mouvement », confie-t-il dans une publication récente sur ses réseaux sociaux.
Cette transition artistique l’a conduit à participer, pour la première fois, à une résidence d’écriture cinématographique. Depuis le 23 mars, Lebon Zed participe à la session « Grande mine documentaire » des Ateliers cinéma de la Grande mine, à Cotonou. Une expérience qui s’achève ce 27 mars, et qui constitue pour lui une étape déterminante dans son passage de l’image fixe à l’image en mouvement.
Le projet qu’il y développe, « Itatolo, terre des morts », a su convaincre le jury de cette résidence panafricaine. À travers ce film documentaire, l’artiste entame une quête profondément personnelle, à savoir retrouver les traces de sa mère disparue, dont il ne conserve presque aucune image. Plus de trente ans après sa disparition, il part à la recherche de sa tombe au cimetière d’Itatolo, à Brazzaville.
Ce récit intime s’inscrit dans une réflexion plus large sur la mémoire, l’oubli et la transmission. Entre archives inexistantes, souvenirs fragmentés et silences familiaux, le film explore les liens invisibles qui persistent entre les vivants et les disparus. L’artiste y voit un moyen de combler une absence et de redonner une forme de présence à travers le langage cinématographique.
Malgré ce passage au documentaire, le regard du photographe demeure intact. Lebon Zed conserve une attention particulière à la lumière, à la composition et à la puissance symbolique des images. Cette sensibilité visuelle, alliée à la temporalité du cinéma, lui permet d’approfondir son approche et de donner une nouvelle dimension à ses récits. Au-delà de sa démarche personnelle, l’artiste s’inscrit dans une dynamique collective. Sa participation à cette résidence panafricaine lui offre l’opportunité de dialoguer avec d’autres créateurs du continent, de confronter les regards et d’enrichir sa pratique. Il espère ainsi développer de nouvelles approches narratives et tisser des liens durables avec d’autres auteurs africains.
Dans son message, Lebon Zed n’a pas manqué d’exprimer sa gratitude envers le jury et l’équipe organisatrice de la Grande mine des cinéastes pour cette opportunité. Une reconnaissance qu’il considère comme un encouragement à poursuivre son exploration artistique. À travers « Itatolo, terre des morts », il ambitionne de proposer une œuvre à la fois personnelle et universelle, capable d’interroger notre rapport à l’absence, à la mémoire et à l’invisible. Plus qu’un simple film, ce projet se présente comme une tentative de reconstruction, où l’image en mouvement devient un outil pour faire exister ce qui a disparu.
Alors que la résidence touche à sa fin, une nouvelle étape s’ouvre pour l’artiste congolais, qui promet déjà d’autres avancées. « Restez connectés, les bonnes nouvelles arrivent », annonce-t-il, laissant entrevoir la suite d’un parcours en pleine mutation.










