Lors des auditions des candidats les 21 et 22 avril à l'Organisation des Nations unies (ONU), le Groupe des ambassadeurs francophones (GAF) a imposé la question du multilinguisme comme enjeu stratégique de pouvoir dans la course à la succession.
La bataille pour la succession à la tête de l’ONU prend une tournure de plus en plus politique. Les 21 et 22 avril, l’Assemblée générale a auditionné quatre candidats majeurs au poste de secrétaire général : Rafael Grossi, Rebeca Grynspan, Michelle Bachelet et Macky Sall. Mais au-delà des questions classiques sur les conflits internationaux, le climat ou les finances onusiennes, un autre sujet s’est imposé avec force : la guerre silencieuse des langues au sein du système multilatéral. Le GAF, présidé par Joan Forner Rovira, a mené une offensive diplomatique coordonnée pour replacer le multilinguisme au centre du débat sur le futur leadership de l’ONU. Le groupe représente plus de 90 États et gouvernements francophones liés à l’Organisation internationale de la Francophonie, soit un poids diplomatique considérable à l’Assemblée générale.
Les ambassadeurs ont interrogé les candidats sur plusieurs points sensibles : usage effectif du français au sein du Secrétariat, diversité linguistique dans les recrutements, application du Cadre stratégique sur le multilinguisme adopté en 2024 et impact de l’intelligence artificielle sur l’équilibre linguistique. « Une ONU inclusive doit refléter la diversité linguistique du monde », a déclaré Joan Forner Rovira lors des échanges. En coulisses, plusieurs diplomates africains dénoncent une domination croissante de l’anglais dans les processus décisionnels internes. Selon des responsables onusiens, plus de 80 % des communications informelles internes circulent aujourd’hui exclusivement en anglais, malgré les six langues officielles de l’organisation.
L’Afrique francophone suit particulièrement cette bataille avec attention. Le continent représente près de 28 % des États membres de l’ONU et pourrait devenir déterminant lors des futures négociations. La candidature de Macky Sall suscite, d’ailleurs, une forte mobilisation africaine. Plus de 285 personnalités sénégalaises ont récemment soutenu publiquement son ambition. Face à lui, Rafael Grossi mise sur son expérience nucléaire internationale, tandis que Michelle Bachelet conserve un solide réseau diplomatique. Au-delà des profils, cette bataille révèle une fracture plus profonde : qui contrôlera les normes du multilatéralisme de demain ?
À New York, la question linguistique devient désormais un instrument d’influence géopolitique.










