Transmission de compétences dans le monde du travail: Valencia Iloki Engamba porte une réflexion sur le sujet

Samedi, Mai 2, 2026 - 18:15

Au lendemain de la fête du travail, dans une tribune adressée à la presse, Valencia Iloki Engamba, Présidente du Conseil d’Administration de l’Association Accès Droit Pour Tous, élabore une série de questionnements à la transmission transgénérationnelle de compétences

Valencia Iloki Engamba  lors d'une séance de formation Elle entame son questionnement par cette réflexion : « Les aînés quittent certaines fonctions sans, souvent, laisser de traces structurées de leurs expériences, et les plus jeunes avancent sans boussole solide. Entre les deux, la transmission pourtant essentielle demeure insuffisante, voire inexistante ».

« Faut-il pour autant se résigner à cette perte continue de compétences ? », s’interroge-t-elle ; et de répondre de suite : « Certainement pas ».

À son avis, à l’occasion de la Fête du Travail, moment dédié à la reconnaissance du travail et à la valorisation de celles et ceux qui le font vivre, il devient essentiel de repenser les mécanismes de transmission des compétences au sein de l’administration publique.

Au-delà des revendications, cette date offre une opportunité stratégique pour promouvoir une culture de partage du savoir-faire et du savoir-être entre générations, au service d’une administration plus efficace, résiliente et ancrée dans l’expérience.

Le véritable accélérateur de votre carrière est la maîtrise des micro-réflexes : observer, ajuster, agir avec précision, sans précipitation, et toujours avec tact.

C’est pour cela, estime-t-elle, qu’il est déterminant d’offrir aux plus jeunes, particulièrement, aux jeunes femmes, des petits secrets expérimentés dans un contexte administratif souvent très hostile.

Ces secrets, de nature ni mystique ni théorique, ouvrent un espace de l’esprit, comme le visage d’une femme qui s’embellit au fur et à mesure qu’elle y applique soigneusement son maquillage.

Toujours dans ses interrogations, elle demande : « Devant votre miroir, Mesdames, vous vous voyez transformée avec délectation, n’est-ce pas ? »

Elle explique : « Notez que dans le processus d’évolution de votre carrière, vous devriez avoir une trousse administrative à l’image de votre trousse de maquillage. Et le fond de teint sera votre comportement et votre réflexe administratif face aux situations ordinaires et extraordinaires ».

La question de la transmission des compétences pratiques au sein de l’administration publique s’impose aujourd’hui comme un enjeu stratégique majeur.

Dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires persistantes, des dispositifs de formation souvent insuffisants et des parcours professionnels peu structurés, l’acquisition du savoir-faire et du savoir-être administratifs repose encore trop largement sur des dynamiques informelles, aléatoires et inégalement réparties.

Or, l’administration ne saurait durablement remplir ses missions sans garantir la continuité de ses compétences.

La raréfaction des mécanismes organisés de transmission engendre un double déséquilibre : d’une part, une perte progressive de la mémoire institutionnelle liée au départ d’agents expérimentés ; d’autre part, une montée en responsabilité de jeunes agents insuffisamment outillés pour répondre aux exigences croissantes de l’action publique.

À cela s’ajoute une tension générationnelle latente : certains agents chevronnés, soucieux de préserver leur position ou leur utilité, peuvent être tentés de retenir une partie de leur expertise, tandis que les jeunes recrues, confrontées à l’accélération des mutations technologiques et organisationnelles, aspirent à une montée en compétence rapide et tangible.

Ce décalage est particulièrement sensible dans la plupart des administrations d’Afrique noire où la rotation des responsables et l’absence de dispositifs systématiques de capitalisation des savoirs contribuent à fragiliser la transmission des compétences.

Les détenteurs d’un savoir socio-administratif précieux quittent très souvent leurs fonctions sans avoir pu ou su en assurer la transmission, laissant ainsi derrière eux un vide difficile à combler.

Ce plaidoyer de transmission a éloquemment été fait par le Chef de l’État Denis Sassou N’Guesso, successivement, lors de son message sur l’état de la nation adressée devant le parlement réunis en congrès, en 2024, à l’occasion de la 64ème fête d’indépendance, le 15 août 2024. Lors de sa candidature à l’élection présidentielle dans son carnet de route intitulé « L’accélération de la marche vers le développement » a réservé une partie importe pour investir de manière massive dans le capital humain, notamment pour la transmission et l’apprentissage des jeunes.

Face à ce constat, une proposition simple mais efficace pour accélérer la transmission de compétences pratiques et immédiatement opérationnelle serait la mise en place d’agents formateurs occasionnels au sein des services.

Cette démarche repose sur une logique de valorisation des ressources internes, en mobilisant les compétences existantes plutôt qu’en dépendant exclusivement de formations externes, coûteuses et parfois inadaptées aux réalités administratives locales.

Valencia Iloki Engamba constate : « Concrètement, il s’agit d’institutionnaliser, par voie de note de service des chefs de département ministériel, « des Journées scientifiques ».

Elles consisteront à organiser des sessions régulières de formation interne au cours desquelles les agents expérimentés partagent leurs connaissances, leurs pratiques et leur expérience de terrain. Peuvent être conviés des agents, mis à la retraite récemment, ayant occupés la fonction dont la question pratique est traitée pendant lesdites journées.

Ce dispositif présente un double avantage : il simplifie la mise en œuvre en s’inscrivant dans les mécanismes administratifs existants, tout en assurant une prise en charge budgétaire maîtrisée à travers les lignes allouées à chaque ministère. La pérennité de cette initiative suppose toutefois un ancrage institutionnel solide.

À cet égard, les directions générales et départementales apparaissent comme des structures clés, en raison de leur relative stabilité organisationnelle et de leur rôle structurant dans la conduite des politiques publiques. Les conseillers administratifs et juridiques (CAJ), en particulier, sont appelés à jouer un rôle central dans ce dispositif.

Par leurs attributions, à la croisée des enjeux juridiques, organisationnels et stratégiques, ils disposent des leviers nécessaires pour encadrer, formaliser et garantir l’effectivité de la transmission des compétences.

Ce petit plaidoyer s’adresse aux décideurs ainsi qu’ aux conseillers administratifs et juridiques, aux directeurs et aux chefs de service, en leur proposant des outils conceptuels et opérationnels pour structurer la transmission des savoirs au sein de leurs organisations. Il ne s’agit pas seulement de combler un déficit de formation, mais de réaffirmer une exigence fondamentale : celle d’une administration capable d’apprendre d’elle-même, de se renouveler, et de préparer efficacement les générations futures.

Elle conclut : « En redonnant toute sa place à la transmission, l’administration publique se dote d’un levier puissant pour renforcer sa performance, sa résilience et sa légitimité au service de l’intérêt général ».

Et cela : « Le 1er mai 2026, comme symbole d’un travail qui se transmet, pas seulement qui se revendique », confie-t-elle, en souhaitant une excellente célébration à toutes et tous en décalé.

Marie Alfred Ngoma
Légendes et crédits photo : 
Valencia Iloki Engamba lors d'une séance de formation
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