Réunis récemment à Brazzaville, plusieurs jeunes acteurs de la société civile ont présenté une analyse prospective et ont examiné les conséquences de la paralysie du détroit d’Ormuz sur le marché national. La rencontre visait à éclairer l'opinion sur les mécanismes de l'inflation et à proposer des leviers d'anticipation pour les pouvoirs publics.
Depuis mars 2026, le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz a chuté de 95 à 97 %. Ce point de passage, véritable poumon de l’industrie mondiale, subit une perturbation historique qui impacte désormais les circuits d'approvisionnement du Congo, des produits de grande consommation jusqu’aux intrants agricoles.
Ils estiment que le marché congolais, qui dépend d'importations annuelles de denrées alimentaires à hauteur de 800 milliards de FCFA, se trouve exposé à une hausse mécanique des prix. La région de la Mer Noire fournissant près de 70 % du blé consommé localement, les perturbations logistiques mondiales et le renchérissement du fret pèsent sur les denrées de base comme le riz, l'huile et les volailles.
Les analystes précisent que cette cherté, souvent constatée sur les étals, ne relève pas de la spéculation des commerçants locaux, mais d'une réalité logistique notamment le détournement des navires par le Cap de Bonne-Espérance allonge les trajets de 10 à 15 jours et fait exploser les coûts de fret de 15 à 20 %.
Pour ces jeunes, le Congo, comme le reste de l’Afrique, est le terrain de jeu privilégié de Transsian Holdings, fabriquant des téléphones Tecno, Itel et Infinix. Si ces téléphones sont assemblés ailleurs, leur "cœur" dépend de matériaux critiques transitant par le Golfe. Hélium et Gaz rares : Le Qatar, par exemple, est l'un des plus grands exportateurs mondiaux d'hélium, essentiel à la fabrication des semi-conducteurs et des écrans.
L’impact sur l'agriculture et les transports
Le secteur agricole pourrait également subir des tensions lors de la récolte 2026. Le détroit d'Ormuz étant le point de passage de près de 30 % du commerce mondial d'engrais, la hausse des prix des intrants (déjà évaluée à 30 % dans certains pays voisins) menace le rendement des producteurs locaux. De même, la raréfaction des pièces détachées, des téléphones et des lubrifiants, souvent réexportés depuis les hubs du Golfe, fait peser un risque de ralentissement sur le parc automobile, les boutiques et les chantiers de BTP nationaux.
Intervenant lors de cette visioconférence, Nelson Cishugi, expert digital, a détaillé l'impact de cette crise sur la chaîne de valeur du numérique et des infrastructures.
Pour lui, le Congo doit accepter une réalité simple. « Nous sommes encore trop dépendants de chaînes logistiques que nous ne contrôlons pas. Dès qu’un chokepoint mondial comme le détroit d’Ormuz se tend, les économies importatrices comme les nôtres absorbent immédiatement le choc à travers les prix du carburant, des produits alimentaires, des matériaux et même des services numériques », explique-t-il.
Sur les risques sectoriels identifiés, il précise le premier risque concerne l’inflation des équipements tech. Les smartphones, ordinateurs, routeurs, équipements réseau transitent massivement par des chaînes d'approvisionnement asiatiques qui passent par Ormuz ou ses routes alternatives. Une hausse du fret se traduit en 3 à 6 mois par des appareils plus chers ou indisponibles.
En deuxieme lieu, il evoquela pression sur la connectivité. Le coût de l’énergie impacte directement les opérateurs télécoms, les data centers, les infrastructures cloud et les réseaux de fibre, qui impactent à leur tour des infrastructures stratégiques comme le port de Pointe-Noire ou différentes centrales d’énergie.
Il rappelle, enfin, que le ralentissement des projets de transformation digitale à travers les institutions qui veulent se moderniser dépend d'infrastructures physiques. « Si les data centers, les câbles, les équipements de réseau coûtent plus cher ou tardent à arriver, les missions de stratégie digitale se retrouvent bloquées en aval », averti, Nelson Cishugi.
Pour anticiper cette crise, il propose trois pistes pour les autorités.«Premièrement, ne pas attendre que la crise soit visible pour agir. En Afrique centrale, on a l'habitude de gérer les crises après l'impact. Ormuz nous donne une fenêtre de quelques semaines pour anticiper. Deuxièmement, investir massivement dans la connectivité locale comme amortisseur de crise. Un pays qui peut former ses cadres en ligne, traiter ses dossiers administratifs digitalement, et opérer ses PME sans dépendre d'équipements importés coûteux est structurellement plus résilient. Troisièmement, créer un cadre d'urgence pour les opérateurs locaux du numérique et de la formation dans le digital. Si les grandes entreprises subissent la pression, elles couperont d'abord les contrats avec les prestataires locaux», lance-t-il.











