Dix mois après son lancement, l'APSACO s'impose comme l'un des principaux espaces de réflexion sur la paix, la sécurité et les mutations géopolitiques du continent.
Il convient de saluer le travail remarquable accompli par le think tank marocain Policy Center for the New South (PCNS), adossé au groupe OCP, qui organise à Rabat la 10ᵉ édition de l’Africa Peace and Security Annual Conference (APSACO), tout en dévoilant son rapport annuel consacré à la géopolitique africaine en 2026. Au-delà de la dimension académique de l’événement, cette double initiative témoigne d’une ambition plus large : faire du Maroc un centre africain de production intellectuelle et stratégique capable d’alimenter les débats sur l’avenir du continent. Depuis une décennie, APSACO s’est progressivement imposée comme l’un des rendez-vous les plus influents des communautés diplomatiques, universitaires et sécuritaires africaines. Cette édition anniversaire réunit à Rabat des représentants d’une vingtaine de pays africains, ainsi que des chercheurs, experts militaires, diplomates et décideurs venus d’Afrique, d’Europe, d’Amérique du Nord et du Moyen-Orient. Le thème retenu « Bilan d’une décennie : l’évolution du paysage sécuritaire en Afrique » intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le continent.
Une Afrique confrontée à la multiplication des foyers de crise
Dix ans après les premières éditions d’APSACO, l’environnement sécuritaire africain s’est profondément transformé. L’arc sahélien demeure marqué par la menace jihadiste et les recompositions géopolitiques liées aux transitions militaires. À l’est, les tensions persistantes dans la Corne de l’Afrique et la guerre au Soudan continuent de produire des effets déstabilisateurs régionaux. Dans la région des Grands Lacs, les conflits armés et les rivalités géostratégiques entretiennent une instabilité chronique. Quant à l’Afrique centrale, elle fait face à la convergence de défis sécuritaires, humanitaires et économiques de plus en plus complexes. À ces menaces traditionnelles s’ajoutent désormais de nouveaux facteurs de vulnérabilité : cybercriminalité, désinformation, changement climatique, insécurité alimentaire, migrations forcées et compétition croissante des puissances extérieures. « La sécurité africaine ne peut plus être analysée uniquement sous l’angle militaire ; elle doit être appréhendée dans sa dimension globale, économique, sociale, technologique et environnementale », soulignent plusieurs experts présents à Rabat.
La montée en puissance des enjeux de souveraineté
L’un des enseignements majeurs de la dernière décennie réside dans la montée en puissance des questions de souveraineté. Les États africains cherchent désormais à mieux maîtriser leurs ressources stratégiques, leurs infrastructures critiques, leurs chaînes logistiques et leurs capacités industrielles. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de rivalités accrues entre grandes puissances, où l’Afrique est devenue un espace majeur de compétition économique, énergétique et technologique. La question n’est plus seulement celle de la sécurité des territoires, mais également celle de la sécurité des approvisionnements, des données, des investissements et des infrastructures. Dans cette perspective, le rapport 2026 du Policy Center for the New South apporte une contribution importante en proposant une lecture transversale des mutations géopolitiques du continent.
Rabat, carrefour du dialogue stratégique africain
L’APSACO reflète également l’émergence d’une diplomatie du savoir portée par le Maroc. À travers le PCNS, Rabat cherche à favoriser la production d’analyses africaines sur les enjeux africains, dans une logique de coopération Sud-Sud de plus en plus affirmée. Cette démarche répond à une demande croissante des décideurs du continent : disposer d’outils d’analyse adaptés aux réalités africaines et capables d’éclairer les choix stratégiques à long terme. Les conclusions de cette 10ᵉ édition devraient déboucher sur un nouvel « Appel de Rabat », destiné à renforcer les mécanismes de coopération continentale en matière de paix, de sécurité et de développement.
Construire la résilience africaine
Au fond, les débats de Rabat dépassent largement les seules questions sécuritaires. Ils interrogent la capacité de l’Afrique à construire sa résilience dans un monde marqué par la fragmentation géopolitique, les crises énergétiques, les tensions commerciales et les bouleversements climatiques. L’enjeu est considérable : transformer les vulnérabilités actuelles en opportunités de coopération, renforcer les institutions régionales et accélérer l’intégration économique continentale. Dix ans après sa création, l’APSACO confirme ainsi que la sécurité africaine ne se résume plus à la prévention des conflits. Elle englobe désormais la gouvernance, la souveraineté économique, l’innovation technologique et la capacité du continent à défendre ses propres intérêts dans les grandes recompositions du système international. Car plus que jamais, la paix demeure la condition première du développement, et le développement la meilleure garantie d’une paix durable.











