Selon une enquête qui a débouché sur un rapport intitulé « Big Spenders Swiss Trading Companies, African Oil and Risks of Opacity », les négociants suisses auraient fait main basse sur un quart du pétrole africain
L’ampleur des achats du brut auprès des gouvernements des dix principaux pays exportateurs d’Afrique subsaharienne serait astronomique. Entre 2011 et 2013, les firmes genevoises et de Zoug auraient acheté pour au moins 55 milliards de dollars, soit 12% des recettes budgétaires. Ces flux financiers se seraient opérés dans des contextes de corruption endémique, requérant une transparence dont le « conseil fédéral s’est refusé d’imposer en juin 2014 ».
Cette situation aurait débouché à une investigation approfondie, publiée le 22 juillet par la DB, Swissaid et le Natural Resource Governance Institute (US). Elle révèle la position hégémonique des négociants suisses en Afrique subsaharienne entre 2011 et 2013, se taillant la part du lion, soit « 25%, sur le segment très opaque du pétrole mis en vente par les Etats et les compagnies publiques », selon le rapport, évoquant même des positions monopolistiques dans certains pays, telles que le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale le Nigeria et le Tchad.
Au Tchad par exemple, Glencore aurait acquis en 2013, 100% de la part étatique du pétrole pour une valeur de 16% du budget national du pays, souligne le rapport. En Guinée équatoriale, ce sont les firmes Arcadia, Glencore, Trafigura et Vitol qui « se sont vus vendre du brut pour plus de 2,2 milliards de dollars 2012, un montant équivalent à 36% des recettes du pétro-Etat ». Au Nigeria, les firmes suisses auraient exporté pour 37 milliards de dollars entre 2011 et 2013, soit plus de 18% du budget.
La mauvaise gouvernance et la corruption font partie des maux qui régissent et perpétuent la malédiction du pétrole, rendue possible par le secret entourant l’or noir, souligne le rapport.
Le Parlement helvétique a demandé à examiner l’opportunité d’introduire une loi sur la transparence des paiements applicable au secteur des matières premières qui se serait soldé par un refus du gouvernement suisse à inclure le négoce dans le texte tout en reconnaissant l’importance de la transparence pour le pays producteurs ainsi que le risque de réputation que ce secteur fait peser sur la Suisse. Le rapport ne fait pas allusion à la part de responsabilité des dirigeants africains dans les négoces pétroliers.










