Révision de la constitution : la stratégie de la Majorité présidentielle se précise

Vendredi, Août 29, 2014 - 16:45

Le scénario discuté à Kingakati pourrait même aller au-delà d’une simple modification d’articles constitutionnels et s’orienter vers l’écriture d’une nouvelle Constitution.

Le débat interne sur la révision constitutionnelle réclamée par le Mouvement social pour le renouveau (MSR), une des formations-clé de la Majorité présidentielle, semble avoir pris une autre tournure. A la place d’une dialectique ouverte, ou mieux, d’une réflexion plurielle censée déboucher sur une position commune, l’on a plutôt assisté à des chaudes empoignades entre membres de cette composante politique ne partageant pas les mêmes vues sur la question. A en croire les témoins ayant assisté à la réunion tenue le 25 août à Kingakati, il appert que les divergences sont de taille entre les deux camps qui se sont dessinés à la lumière des interventions, l’un soutenant la modification de la loi fondamentale en vue de permettre à l’autorité morale de bénéficier d’un autre mandat à la tête du pays, et l’autre favorable à l’ordre constitutionnel établi.

Aujourd’hui plus qu’hier, ces divergences sont loin d’être aplanies au sein d’une Majorité qui, visiblement, peine à rallier une poignée de ses membres à l’idée de chambouler la Constitution. Si certains partis-membres n’osent pas prendre ouvertement position sur le sujet, ils le font néanmoins en coulisses, partageant les convictions du MSR. Ces anti révisionnistes se compteraient désormais par dizaines, d’après des sources, au grand dam de l’autorité morale qui ne pouvait imaginer pareille discordance dans un regroupement politique où ses idées ont force de loi. Jamais Pierre Lumbi, le président du MSR n’a été aussi tranchant dans ses idées qu’il défend désormais avec acharnement via les cadres de son parti au point d’apparaitre comme un anti kabiliste. Lors de la messe de Kingakati, le président du groupe parlementaire MSR à l‘Assemblée nationale a exhumé un passage du  discours du 23 octobre 2013 du Chef de l’Etat dans lequel ce dernier en appelait « au respect par tous de l’esprit et de la lettre de la Constitution telle que votée par le peuple en novembre 2005 ».

Les données politiques ont changé et le contexte d’hier n’est plus celui d’aujourd’hui, auraient rétorqué les pro révision constitutionnelle qui auraient poussé l’outrecuidance jusqu’à faire s’enthousiasmer, avant terme, sur la qualité du projet de société de la MP présenté comme le meilleur à soumettre à la sanction populaire. Pour maints analystes, le combat engagé par le MSR qui ne mise que sur une infime minorité, serait perdue d’avance. Entretemps, le PPRD qui a le mérite d’avoir sous assailles la grande majorité des membres de la MP favorables à la révision constitutionnelle, aurait activé la machine de la diabolisation pour noyer la deuxième force politique de la Majorité en la mettant à porte-à-faux vis-à-vis de l’autorité morale. C’est de bonne guerre. 

Le recours au peuple

Peine perdue pour le MSR, pourrait-on être tenté de dire. Sa logique contestataire n’aurait décidément aucune influence sur le cours des événements, ou mieux, sur la stratégie déjà ficelée devant permettre à Joseph Kabila de rempiler pour un mandat supplémentaire en 2016, fait-on remarquer. « Des dispositions de la Constitution doivent être améliorées (…) et, pour tout changement fondamental, il convient de s’en référer au peuple congolais ». Il ne fait plus l’ombre d’aucun doute que Joseph Kabila se représentera en 2016 selon le vœu de ses partisans qui, au-delà de la simple modification de l’article 220 limitant le nombre des mandats du président de la République à deux ans, pensent déjà à écrire une nouvelle constitution dans une perspective d’une révision plus large. Cela, dit-on, donnerait les coudées franches à Joseph Kabila de n’être plus otage de la constitution avec ses restrictions dont il faudrait s’affranchir désormais à accordant au président de la République la possibilité de se représenter autant des fois, si besoin s’en faut. Pour y parvenir, les stratèges de la Majorité pensent à élargir la base politique de leur plate-forme laquelle passe inévitablement par le « débauchage » de quelques figures de proue de l’opposition et d’en faire des nouveaux alliés selon la formule du « Gouvernement de cohésion nationale » censé conduire la période charnière jusqu’à la tenue des prochaines élections.

A tout prendre, la messe est déjà dite. Ni les menaces à peine voilées de Washington, ni les intimidations de l’opposition, ne fléchiront la volonté de la majorité de voir Joseph Kabila se maintenir au pouvoir au terme des élections libres, transparentes et démocratiques. L’intéressé lui-même n’en demande pas mieux et son crédo reste le recours au souverain primaire qui pourra trancher en dernier ressort via le référendum.   

Alain Diasso
Légendes et crédits photo : 
Joseph Kabila Kabange