Disparition : Mpanga, dernière demeure du légendaire saxophoniste Maproko

Vendredi, Juin 5, 2015 - 16:00

Mort à 88 ans, depuis le 20 mai, c’est dans son fief natal, à quatre kilomètres de la cité kimbaguiste Nkamba, que le doyen de la rumba congolaise sera inhumé après la veillée mortuaire qui se tiendra le dimanche 7 juin au Home Assanef.

 

Maproko assis au centre sur l’affiche de son dernier concert La levée du corps de la morgue de l’Hôpital général de Kinshasa, ex-Mama Yemo où il a rendu l’âme est prévue pour ce dimanche 7 juin. La dépouille mortelle sera acheminée vers le Bas-Congo à destination de la contrée susmentionnée le lundi 8 juin à partir de midi. Les artistes entendent rendre un bel hommage à feu Joseph Munange Ndosimao Malawuka, alias Maproko a affirmé Jean–Claude Mangoubou–Mopunzoa Mbalinga.

En effet, il est à leurs yeux important de saluer de manière spéciale la mémoire du tout premier saxophoniste de la musique congolaise moderne un peu trop méconnu à leur avis. C’est du reste l’une des raisons qui explique l’organisation de ses funérailles organisées un peu sur le tard. En effet, Les Dépêches de Brazzaville tiennent du coordonnateur du projet Rezonans Bakolo Miziki Ka 2050 auquel participait le défunt qu’il avait été question de concertations familiales et de mobilisation des autorités en vue de lui réserver de dignes obsèques.

À Jean–Claude Mangoubou–Mopunzoa de signaler que les homologues de l’artiste défunt, les musiciens certes, mais pas seulement, ont prévu de l’honorer. Il a évoqué notamment la réalisation d’une toile collective en live. Un tableau dont le peintre Aïcha Muteba ébauchera la première esquisse avant que les artistes présents y apposent leurs signatures à tour de rôle à l’instar de celle qu’il avait produite en mars. C’était, rappelle-t-il, à l’occasion de la dernière apparition sur scène de Maproko accompagné à la guitare par un autre patriarche Papa Louis Buanga (81 ans).Maproko sur le podium lors du concert de Rezonans Bakolo Miziki

S’il faut compter à partir de son adhésion à la Fanfare Sainte Thérèse de Mbanza Ngungu (ex- Thysville), en 1951, jusqu’à sa dernière prestation le 28 mars dernier à la Halle de la Gombe, Maproko aura totalisé soixante-quatre ans de carrière. En tant que membre de la fanfare, Maproko n’a pas tout de suite commencé avec le saxo qui ne le quittera jamais jusqu’à sa disparition. Le doyen des saxophonistes congolais avait un bel avantage du fait qu’il savait déchiffrer une partition musicale. Son impressionnante biographie dont la première décennie s’est enrichie à la faveur d’heureuses rencontres dès qu’il débarque à Kinshasa en 1956 mérite d’être plus connue.

De nombreuses collaborations

Clément Ossinondé renchérit sur ce point qu’en 1956, « c’est assez timidement, dans l’orchestre Conga Jazz de Paul Ebengo « Dewayon », que Maproko devait ensuite s’affirmer comme le musicien important de la musique congolaise ». Et de souligner que « le contact avec des grands souffleurs de son époque, comme Edo Clari Lutula dans Jazz Africain, Nino Malapet, Essous dans le Rock-à-Mambo et surtout André Menga dans l’African Jazz, orchestres dans lesquels il a marqué brillamment son passage » a contribué à la construction de sa propre personnalité. Ainsi, sur une période de trois ans, de 1956 à 1959, Maproko en vient à enregistrer un nombre important de disques avec Conga-Jazz, Rock-A-Mambo et l’African Jazz, sur la marque Esengo de l’éditeur grec Dino Antonopoulos. Quitte à souligner par ailleurs que, dans la suite de sa carrière, le saxophoniste « prête ses services aux éditions Loningisa où il accompagne l’OK Jazz » dans la réalisation de plusieurs tubes. Ce, en remplacement d’Isaac Musékiwa.

Maproko signant le tableau réalisé pendant le concertIl reste encore beaucoup à dire sur la biographie de Maproko qui fut, ainsi que le soutient notre source, un spécialiste du « Nzong-nzing ». Ce qui sous-entend qu’il était fort sollicité. Et donc, selon cette expression du jargon musical congolais, il mettait à contribution son savoir-faire au profit de plusieurs groupes ou individualités durant trois décennies. Ce, par le bais d’enregistrements en studio. Et, après avoir choisi d’embrasser une carrière solo depuis quelques années déjà, il a fait profiter plusieurs artistes de son expertise. En dépit du fait qu’il soit cruellement méconnu des jeunes mélomanes, il est bon de savoir que Maproko a de solides références qui peuvent servir à pallier ce manque. Jean–Claude Mangoubou signale notamment que depuis 2004, le saxophoniste figure dans le dictionnaire de la musique congolaise moderne écrit par Jean-Pierre Nimy. Au documentaliste opérateur culturel précité d’ajouter qu’en 2013, « Maproko intègre le projet Rezonans Bakolo Miziki Ka 2050 comme membre volontaire de Ka 2050 foundation instituted », créé à son initiative.

 

 

 

 

Nioni Masela
Légendes et crédits photo : 
Photo 1 : Maproko assis au centre sur l’affiche de son dernier concert Photo 2 : Maproko sur le podium lors du concert de Rezonans Bakolo Miziki Photo 3 : Maproko signant le tableau réalisé pendant le concert
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