La situation de la liberté de la presse demeure encore précaire en RDC. Il n’y a pas eu beaucoup d’avancées ces trois dernières années comme en témoignent divers rapports produits sur cette matière par des organisations de droits de l’homme.
Alors que le pays s’apprête à entrer de plein pied dans le cycle électoral avec la tenue d’un certain nombre des scrutins, d’aucuns craignent des dérives pouvant entraver l’exercice de la profession journalistique. Déjà, un rapport de « Journaliste en Danger » (JED) avait, dans un communiqué publié au mois de mai, recensé soixante-quatre cas d’atteinte à la liberté de la presse sur toute l’étendue du territoire national depuis la fin des élections du 28 novembre 2011. Lors des premières journées déontologiques de la presse congolaise tenues le même mois, les participants avaient reconnu qu’il y avait encore beaucoup à faire dans ce domaine.
Même son de cloche du côté de l’Observatoire de la liberté de presse en Afrique (Olpa) qui regrette que jusqu’à ce jour certains médias sanctionnés n’aient pas encore été autorisés à reprendre de fonctionner, cas de Canal Futur télévision. Des cas de pressions diverses ou de censures exercés sur les médias par des autorités politiques ou des services de sécurité, comme dénoncé dernièrement par Reporters sans frontière (RSF), ne se comptent plus. De sorte qu’actuellement, à en croire cette ONG, la RDC occupe la 151ème place (sur 180 pays) au classement mondial de la liberté de la presse (édition 2014). « L'armée, la police et les services de renseignements totalisent près de 40% des cas, soit le record, en termes de violence subie par les journalistes en 2014 », indique la même source. Pour sa part, Freedom for journalist (FFJ), association de défense et de promotion de la liberté de la presse a documenté, pour l’année 2014, 235 cas d’atteinte au droit d’informer et d’être informé en RDC.
Ce taux élevé d’atteintes à la liberté de la presse pousse certains observateurs à s’inquiéter du sort des journalistes surtout à l‘approche des élections lorsqu’on connait les méthodes d’approche de la police dans la gestion des manifestations publiques. Il y a tout de même, dans ce tableau peu reluisant, quelques notes positives. Aucun cas d’assassinat de journaliste n’a été enregistré ces deux dernières années, indique-t-on. Toutefois, le cas du journaliste Germain Kennedy Muliwavyo, mort en 2014 après être tombé dans une embuscade avec deux de ses confrères, dans l’Est de la RDC est la seule fausse note qui relativise un peu ce satisfécit. Bien plus, plusieurs professionnels des médias incarcérés ont recouvré leur liberté. C’est notamment le cas de la libération en juillet 2014 d’Achico Ngaya, journaliste et éditeur des « Nouvelles du soir », un hebdomadaire paraissant à Kinshasa arrêté pour « propos mensongers » vis-à-vis d’un responsable politique.
Il y a eu aussi la libération en juin 2014 de Patriote Taïpa Kasereka, Moïse Madusu et Aristide Malunga, tous œuvrant à la radio Muungano d’Oïcha à Beni (Goma). Entretemps, certains journalistes continuent d’attendre désespérément leur libération à l‘instar de Mike Mukebayi, journaliste et directeur du bihebdomadaire « RD Congo News », incarcéré au CPRK pour « imputations dommageables ». D’autres à l’image de Nkekolo Ntiki Nickel, journaliste reporter à Canal Congo télévision (CCTV) arrêté le 5 septembre 2011 à Kinshasa dans la foulée des incidents survenus après le dépôt de candidature de l’opposant Etienne Tshisekedi à la présidentielle de 2011, doivent leur salut à leur escapade. Des exemples sont légion pour démontrer le degré de dégradation de la liberté de presse en RDC à la veille des scrutins attendus entre 2015 et 2016.
En vue d’améliorer « l’image démocratique de la RDC », plusieurs organisations corporatistes demandent au gouvernement de libérer « les journalistes illégalement détenus, d’ordonner le rétablissement des medias injustement coupés ou suspendus, de mettre fin à l’impunité de ceux qui s’en prennent aux journalistes à cause de leur travail et d’entamer des réformes nécessaires qui régissent la pratique journalistique en RDC ».










