Le président du Congrès pour la démocratie et le progrès social (CDPS) et du Bureau Exécutif de la Coalition des patriotes pour le République (CPR) aborde la question du dialogue en mettant un accent particulier sur les obstacles à franchir. Ci-dessous, la suite de l'interview publiée précédemment.
L.D.B. : Selon vous, quels sont les problèmes non résolus par les dernières Concertations Nationales et doivent absolument être inscrits au programme du dialogue ?
F.X.B. : …A 16 mois de la date constitutionnellement buttoir pour l’organisation de l’élection présidentielle on remet sur le tapis la question du dialogue inclusif que nous avions proposé, bien avant, en 2011, et plusieurs fois après 2011 sans être écouté ni par la majorité au pouvoir ni par une certaine opposition. En avril et juillet 2011 pour prévenir, éviter et redresser les faiblesses constatées dans le Calendrier présenté par la Céni du Pasteur Ngoie Mulunda, alors Président, nous avons proposé un dialogue en vue de dégager un consensus sur le calendrier et organiser des élections crédibles transparentes et apaisées, appuyé par un contreprojet d’un calendrier global. Votre journal n’est-il pas du reste témoin d’une de ces déclarations publiées dans ses colonnes ? En Février 2012, après l’arrivée de ce que nous redoutions – crise électorale consécutive aux élections de novembre 2011-, et que nous voulions prévenir ; nous avons encore proposé le dialogue inclusif, convaincus que la Nation et l’Etat ne pouvaient être mis en jachères, encore moins s’arrêter, en raison des états d’âmes des divers intérêts partisans.
L.D.B. : Ensuite ?
F.X.B. : En juin et septembre 2012, nous sommes revenus à la charge avec 10 propositions à la clef, sous forme de « l’Appel Patriotique à une Union Sacrée du Peuple Congolais contre la Disparition du Congo menacé, si l’on y prend garde à la suite de l’aggravation des événements à l’Est du pays. En Avril et Juin 2013, la Coalition des Patriotes pour la République « CPR » notre Plate-forme politique a élargi le réseau citoyen avec bien d’autres organisations et personnalités, et a élaboré un cahier de charges du dialogue, soutenant les principes devant encadrer le dialogue, le contenu de l’ordre du jour, les thèmes, le format, le coût prévisionnel en trois version de format, le lieu, la durée etc … Tout cela, sous forme de projet soumis à la critique de tous les partenaires sans distinction. En décembre 2013, lorsque le Président J. Kabila lança l’idée des Concertations Nationales ; l’organisation, le fonctionnement, le déroulement des celles – ci de même que la mise en pratique des recommandations y résultantes ont marqué un déficit notoire du dépassement des intérêts partisans.
Les mêmes causes dans les conditions semblables produisent les effets semblables. Nous revoilà donc à la case départ, mais coincé par un timing contraignant et très serré, sans assurance de la maîtrise des moyens de mise en œuvre des séquences globales des cycles électoraux fixés dans le calendrier, récemment rendu public par la Céni.
L.D.B. : Quelles précautions faut-il prendre ?
F.X.B. : Au vue de tout ce qui précède, outre les exigences impératives soulignés comme prérequis au dialogue, tous les partenaires à celui-ci doivent prendre l’engament solennel de principe et par écrit devant l’opinion national précisant que : La constitution ne sera pas violée au dialogue, particulièrement les dispositions de l'article 220 ; relatives au nombre et à la durée des mandats du Président de la République. Le dialogue ne traitera pas de matière pouvant directement ou indirectement conduire au glissement du mandat du Président de la République. Le dialogue ne traitera pas de matière de partage de pouvoir et de formation d’un gouvernement avant les élections de 2016. Le dialogue ne doit servir de passerelle à la violation de la constitution.
Par contre, moyennant ces préalables assurances, le dialogue devra plutôt traiter de : La sécurisation du processus électoral pour les élections crédibles, transparentes et apaisées. Du dégagement d’un consens sur le calendrier électoral qui tiendrait compte des coûts, des disponibilités financières et des délais contraignants tout en privilégiant l’élection présidentielle dont le délai buttoir est fixé dans la constitution. De l’intégration dans le fichier électoral des nouveaux majeurs depuis les élections de 2011. La décrispation du climat politique et la libération des prisonniers politiques et d’opinion. Il faut donc noter le que le consensus préalable sur ce qui ne peut pas être traité dans ce dialogue est un préalable garant du consensus pour la tenue du dialogue et du programme des matières à y inscrire.
L.D.B. : Comment concilier la tenue du dialogue avec l’organisation des élections sur le plan financier ? Le gouvernement dispose-t-il des moyens conséquents ?
F.X.B. : C’est justement l’une des préoccupations à laquelle le dialogue devrait se pencher et demander au gouvernement la faisabilité des séquences électorales arrêtées dans le calendrier global de la Céni en rapport avec le budget qu’elle sollicite , si j’ai bonne mémoire, un milliards deux cents millions de dollars US, environs, pendant que le budget total de la RD-Congo en 2015 n’est que de neuf milliards des dollars américains.
Selon la réponse du gouvernement et la possibilité offerte par d’autres donateurs, le dialogue devra déterminer, par consensus, la priorité des séquences électorales, en commençant par celles des nationales, c’est-à-dire, l’élection présidentielle dont le délai buttoir est constitutionnellement fixé dans la constitution tel que prévu dans le calendrier de la Céni en 2016. Elle pourra être jumelée avec les élections de la députation nationale pour besoin d’économie.
Il faut éviter que l’organisation éventuelle d’autres séquences électorales conduise, pour indisponibilité de budget conséquent, par la suite, à l’impossibilité d’organiser l’élection présidentielle dans le délai constitutionnel et débouche sur une situation de fait, de constat de dépassement de délai du mandat présidentiel. Ce qui reviendrait à une violation flagrante de la constitution.
L.D.B. : Quelle importance le CDPS accorde-t-il au processus électoral en cours et comment analysez-vous les récents événements liés aux élections provinciales ?
F.X.B. : Le processus électoral en cours est important dans la mesure où il devrait contribuer à asseoir et à consolider la culture d’accession démocratique au pouvoir d’Etat et de fonctionnement des institutions conformément à la constitution, en RD-Congo. Il est regrettable que les contraintes de son organisation n’aient pas été prises en compte, prévisionnellement et à temps, par le gouvernement. Et pourtant, la durée de délais des divers mandats et donc, la fin de leurs échéances est connue. Cette négligence du gouvernement relève de mal gouvernance et participe à la complication de ce processus.
Les élections provinciales ont connus une rallonge de cinq jours, pour le dépôt des listes des candidats. L’étendue de notre pays, l’absence des infrastructures appropriées aggravent les difficultés de communication, de transmission des données et des éléments de valeur aux représentations de base des partis politiques à l’arrière-pays ont pénalisé beaucoup des partis pour le dépôt des listes des candidats aux représentations du bureau de réception de la Céni dans les territoires reculés. A l’avenir le délai devrait plus allongé en conséquence, pour pallier à cette difficulté.
L.D.B. : D’une manière générale, l’engouement des candidats dans les bureaux de réception et de traitement des candidatures a été jugé positif. N’est-ce pas une preuve suffisante de la capacité de la Céni à organiser tous les scrutins tels que prévus dans le calendrier électoral ?
F.X.B. : L’engouement des candidats dans les bureaux de réception des candidatures est certes un point positif, qui démontre la volonté des citoyens à concourir à l’élection provinciale. C’est donc avant tout cette maturation de l’esprit citoyen qu’il convient de mettre en évidence ; même s’il faut reconnaître, par ailleurs, l’effort et noter une certaine amélioration de service de la Céni par rapport au scrutin de 2011. Il me semble excessif de sauter à la conclusion affirmative de la capacité de la Céni à organiser tous les scrutins tels que prévus dans le calendrier électoral, alors que certains déplorent les contraintes de délais serrés des divers scrutins qui ne manqueront pas d’incidence sur la qualité de service de la Céni.
Propos rendus par Jeannot Kayuba










