En été, les rues de Rome sont un livre ouvert !

Jeudi, Juillet 23, 2015 - 12:00

Quand arrive la saison chaude, le spectacle dans la capitale italienne est dans la rue, pas forcément sur l’architecture millénaire.

C’est l’été en Italie et les rues de Rome, brûlantes, ne sont plus propices pour regarder sur les frontons et les façades ce que les antiques Romains y ont laissé. L’art, à profusion, y est certes toujours aussi captivant. Fontaines publiques et places sont toujours noyées de monde. Tout le monde cherche un peu d’ombre : les vendeurs de glaces – les « skys » de chez nous – sont très sollicités. Dans toutes les langues du monde, ça papote, ça s’interpelle, ça grogne ou ça se pâme d’admiration. Mais le  spectacle dans une ville comme Rome par exemple, c’est justement ces personnes multi-colorées.

« Colorées » oui, car l’été c’est d’abord la fête des couleurs, annoncée par les fleurs du printemps. Ensuite, on sort les habits légers de toutes les couleurs justement. L’occasion de découvrir toutes sortes de choses. Comme par exemple cette forte tendance, Romains et touristes occidentaux confondus, aux tatouages. Il y en a de tous les goûts, de toutes les couleurs, de toutes les fantaisies. Des abréviations énigmatiques sur les avant-bras, aux proclamations optimistes sur les cous. De vrais pavés de traités humanistes, des déclarations incandescentes, des extraits de mantras : tout est écrit.

Sur la poitrine d’un philosophe (à moins qu’il s’agisse d’un écologiste ou des deux), je lisais l’autre jour : « No bees, no honey » (Pas d’abeille, pas de miel). Je m’interrogeais sur la portée d’une telle évidence, lorsqu’une petite recherche m’a permis de me rendre compte qu’il s’agit d’une phrase d’Erasmus (16è siècle) qui,  complète, donne ceci en anglais : « No bees, no honey, No work, no money » (pas d’abeille, pas de miel ; pas de travail, pas d’argent). J’avoue : je ne savais pas. Il a fallu qu’un promeneur de Rome ouvre sa poitrine et laisse voir (laisse lire) son tatouage: un vrai livre ouvert, je dis!

Les tatouages en général, pour nous autres, sont une vraie curiosité. Ils constituent une énigme dans des sociétés habituées à appeler les Noirs, « gens de couleurs ». Se peinturlurer, devenir un tableau ambulant, un dazibao vivant et se déclarer de mode, a ses adeptes. Mais bon, inutile de ressortir la blague éculée que l’on ressort à tout bout d’internet (Cf. « Quand tu es en colère, tu es rouge ; quand tu es malade, tu es jaune ; quand tu as peur, tu es gris, et quand tu es mort, tu es vert. Et c’est moi que tu appelles homme de couleur ? »)

Les préjugés sont vieux comme le monde. Entre races, entre peuples, entre nations et entre continents, il y en aura toujours. L’essentiel est d’en sortir et de ne pas en faire son fonds de commerce. Mais les rues de Rome donnent une telle idée de brassage, même passager des peuples, que l’affirmation de certaines idées reçues devient bien téméraire. Je vois dans le métro des Asiatiques plongés dans des livres écrits serrés, alors que le haut-parleur égrène la suite des stations. J’ai mis du temps à comprendre que pour eux, écrit en italien ou en anglais, tout ça (pardon !)… c’est du chinois !

Elevé dans un autre alphabet ils doivent suivre sur leurs smartphones, écrits en japonais, coréen ou chinois, pour savoir à quelle station se situe la Place Saint-Pierre. Le livre ouvert encore et toujours. Il indique, traduit, transmet l’information dans la rue où l’homme lambda s’en donne à cœur joie dans des expressions toutes faites : « c’est du chinois » ; « une tête de turc » etc… Les Italiens ajoutent : « ils font le  portugais », lorsqu’il s’agit de parler de quelqu’un trichant au tourniquet pour circuler dans le métro sans ticket. En Chine, en Turquie et au Portugal, quelles sont les équivalences dans les livres ouverts de leurs rues ?

Lucien Mpama
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