Italie : des Congolais manifestent pour la libération de leur curé !

Lundi, Novembre 9, 2015 - 19:00

Des dizaines de Congolais ont protesté devant la prison d’Arezzo contre la longue incarcération du père Gratien Alabi, soupçonné de meurtre.

Aux cris de “Giustizia e libertà” (justice – liberté) un groupe de ressortissants de la République démocratique du Congo s’est donné rendez-vous devant la prison d’Arezzo dimanche matin. C’est dans ce centre carcéral en Toscane, centre nord de l’Italie, qu’est détenu depuis le 23 avril dernier le père Gratien Alibi, missionnaire congolais au centre de l’actualité depuis bientôt un an. Le cri des Congolais voulait s’entendre comme une exigence de vraie justice, afin que soit tranché le dilemme : coupable ou innocent pour ne pas alimenter à l’infini la chronique des potins.

La diaspora congolaise estime que plus le père Gratien reste sans jugement en prison et moins les chances de sa défense sont grandes car « les médias l’ont déjà condamné », se sont-ils plaints sur place. L’Abbé Sylvestre Abesengie, qui dirige l’aumônerie congolaise de Rome (la paroisse des Congolais donnée par l’Eglise d’Italie, au centre de la capitale italienne) était à la tête de la protestation pour son confrère et concitoyen. Les Congolais sont montés de Rome ou venus des provinces des environs pour attirer l’attention sur cet autre aspect – la justice dans la manifestation de la vérité - d’une affaire dans laquelle personne ne semble vouloir se mouiller.

« Nous voulons comprendre où en sont les choses », a dit l’Abbé Sylvestre. « Nous voulons savoir ce qu’on peut attendre d’un procès, et craignons que des discriminations jouent. Nous avons quand-même confiance dans la justice », a-t-il ajouté, quelques instants avant de rendre visite au prisonnier congolais le plus célèbre d’Italie. La communauté congolaise n’entend surtout pas que le religieux fasse les frais d’une enquête à rebondissements qui n’a jusqu’ici dégagé que peu d’éléments probants pour la culpabilité du missionnaire.

L’affaire dans laquelle le père Gratien est mêlé a tous les ingrédients du polard classique. Il y a près d’un an disparaissait à Cà Raffaello, une localité de la province de l’Arétin en Toscane, une dame du nom de Piscaglia dont le mari était l’homme à tout faire du père Gratien. La femme n’a jamais été retrouvée à ce jour, mais les enquêteurs retiennent le religieux congolais pour le principal suspect d’une « dissimulation de cadavre » éventuelle, car étant la dernière personne à avoir vu vivante cette dame.

Les médias italien s’en sont donné à cœur-joie, distillant avec un appétit de gourmets les détails, vrais ou non, distillés par les limiers. Tantôt c’est l’ordinateur du père Gratien qui aurait révélé des « secrets absolument scandaleux », tantôt c’est son téléphone portable qui est présenté comme renfermant le dernier SMS de la disparue, mais daté de plusieurs jours après le constat de son absence au foyer conjugal. Tantôt encore c’est une paroissienne qui aurait dénoncé le père… par jalousie.

Une chose est sûre dans cette affaire : le père Gratien a beau clamer son innocence et affirmer que les faits qui lui sont attribués « sont contraires au choix de vie qu’il a fait », il n’y a pas grand monde dans l’opinion italienne à lui accorder même le statut de « présumé innocent ». L’affaire sera jugée le 4 décembre en première instance. Après de premiers déboires, l’accusé est finalement assuré d’être défendu. Deux avocats ont été commis d’office : Maître Francesco Zacheo et Maître Riziero Angeletti. Mais la diaspora congolaise dénonce même ce fait : quel poids auront des avocats commis d’office alors qu’il aura en face une vedette du barreau déjà en charge d’un autre dossier très médiatisé en Italie ?

Lucien Mpama
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