Excès de zèle de quelque fonctionnaire ou gaffe : la classe politique italienne est agitée par le « scandale des statues nues ».
L’affaire serait parfaitement passée inaperçue, mais l’œil des photographes a saisi apparemment ce qui ne devait pas trop se montrer. Lundi, pour la visite du président iranien à Rome, des statues antiques dont des venus romaines, ont été placées sous un cache en carton pour ne pas offenser la vue du très religieux président. Depuis, la polémique s’est enflammée y compris dans les médias internationaux. Les plus féroces reprochent au gouvernement italien d’en avoir trop fait pour se montrer agréable au regard de son illustre hôte et surtout, ajoutent les perfides, de s’être plié devant la perspective de chèques de contrats.
« M. Rohani a affirmé qu’il était favorable au dialogue des religions et des cultures, ces statues font justement partie de notre culture : la veut-il voilée ?», s’indignait un auditeur sur une radio périphérique. « Quand nous allons en Iran, nous devons nous couvrir la tête ; en Italie nous devons couvrir nos statues : à la fin, il n’y a que nous qui nous couvrons. Sommes-nous les seules à avoir le sens du respect ? », s’interrogeait une journaliste. Comme on voit, le débat s’est infiltré sous les chaumières.
Mais avec un côté surréaliste parce que, selon les enquêtes de presse, le président iranien n’y était pour rien. Niant avoir concordé quoi que ce soit sur cette question avec les autorités, M, Mohammed Rohani a minimisé : « c’est bien une question de journaliste, ça ! ». Et il y est allé de sa touche de velours: « Je sais que les Italiens sont très hospitaliers, un peuple qui cherche à rendre le séjour de ses invités le plus agréable possible et je les remercie pour cela ».
Mais cela n’a pas éteint l’incendie car les journalistes sont tout de suite allés à la recherche du coupable : qui a ordonné que les belles venus soient couvertes ? Le gouvernement ? « Ni le président du Conseil (premier ministre Matteo Renzi, Ndlr) ni le soussigné n’ont été tenus au courant de la chose », s’est défendu le ministre de la Culture Dario Franceschini. Alors qui : le protocole d’Etat ? Le département de la Culture de la mairie de Rome ? Chacun d’eux a nié, se renvoyant la patate chaude.
Mais d’autres esprits cyniques soulignent la légèreté d’un tel débat : ce n’est pas la première fois qu’une nation occidentale se met en quatre pour être agréable à un hôte illustre. On se rappelle les fameuses tentes bédouines du colonel Kadhafi plantées près de l’Elysée, à Paris. Et puis, rappelle le parti radical italien, lors de la visite du pape François à Turin (nord-ouest de l’Italie) en juin, des affiches trop osées d'une exposition de la peintre polonaise art déco Tamara de Lempicka avaient également été couvertes, mais « personne ne s'en était scandalisé » !










