Denis Sassou N'Guesso: l'expérience au service de la sous-région d'Afrique centrale

Mardi, Novembre 12, 2013 - 14:15

Les crises en cours en République démocratique du Congo (RDC) et en République Centrafricaine (RCA) menacent ces pays d’implosion et déstabilisent l’Afrique centrale. En plus des vies humaines qu’elles détruisent chaque jour, ces violences sont un calvaire pour les populations civiles condamnées à l’errance ; elles désarticulent les économies, anéantissent la fragile charpente démocratique des Etats et cristallisent les conflits frontaliers. A terme, elles annihilent tout effort de développement à l’échelle nationale et sous-régionale.

Il est clair que le bien-être dans le chaos est inimaginable, que le bien-être pour soi, sans les autres, est une utopie. On pourrait schématiser ainsi la disponibilité dont fait preuve le président congolais, Denis Sassou N’Guesso, chaque fois qu’il est sollicité par ses homologues chefs d’Etat africains pour servir de médiateur dans les crises qui déchirent le continent, en particulier, l’Afrique centrale. Cette disponibilité va de paire avec sa longue expérience  au double plan interne et externe.

Au plan interne, c’est une constance, le Congo est sorti exsangue de la guerre civile du 5 juin 1997 que Denis Sassou N’Guesso a réussi à rétablir la paix en capitalisant le dialogue et la concertation. Un effort  récompensé  ensuite par un engagement à reconstruire la cohésion nationale qui porte ses fruits. Aux quatre coins du pays, l’on peut toucher du doigt la réalité car en dépit des difficultés encore nombreuses dans divers secteurs de la société, le retour de la tranquillité a permis de relancer l’économie, d’améliorer les relations avec les partenaires extérieurs et d’attirer les investisseurs. Fort de ces atouts, le Congo a pris une option sérieuse sur la voie du développement.

Au demeurant, même si on en parle peu, cet exemple qui consiste à sortir d’un conflit fratricide au moyen de solutions trouvées dans le pays même, n’est pas passé inaperçu chez les voisins du Congo. Etant par ailleurs attaché à l’unité du continent comme l’ont révélé ses deux mandats à la tête de l’Organisation de l’Unité africaine (1986-1987) et de l’Union africaine (2006-2007), le président Denis Sassou N’Guesso figure parmi les dirigeants africains sur lesquels se porte l’attention de la communauté internationale en matière de règlement des conflits. Il a mené de front, il y a quelques années, les médiations entre le Tchad et le Soudan, entre le Soudan et la région du Darfour, entre les frères ennemis Ivoiriens, et chacun se souvient du rôle joué par le Congo dans l’avènement de l’indépendance de la Namibie. Au fond, cette quête de stabilité est peut-être ce que le président congolais a de plus profond dans sa conception de la chose politique à l’intérieur des Etats et de la relation multidimensionnelle entre les nations du monde.

 Le choix porté sur lui par ses pairs d’Afrique centrale pour présider le comité de suivi des accords de Libreville sur la crise centrafricaine est à mettre au crédit de cette expérience. Ceci d’autant que la situation dans ce pays demeure  préoccupante que si l’on n’y prend garde, cette partie de la sous-région pourrait devenir un refuge pour des hors-la-loi traqués dans d’autres zones de conflits en Afrique. A l’évidence, si la Centrafrique bascule dans le désordre, ses voisins ne s’en porteront pas mieux. D’où la nécessité de prendre des mesures qui s’imposent pour mettre un terme à ces crises; d’où aussi, l’intérêt pour les dirigeants des pays concernés, pour la communauté internationale de s’engager véritablement en faveur de la stabilité régionale.

Pour leur part, les plus hautes autorités de la République démocratique du Congo avaient unanimement plaidé pour que le chef de l’Etat congolais apporte son appui aux concertations organisées au mois d’octobre, à Kinshasa, dans le but de dégeler le climat politique tendu en RDC depuis la tenue de l’élection présidentielle en 2011. A chaque médiation ses défis, à chaque médiateur sa méthode. Celle de Denis Sassou N’Guesso est un triptyque associant patience, volontarisme et discrétion : moins de bruit sur ce qui se fait tant que le but visé n’est pas atteint, proscription de toute déclaration intempestive, attendu qu’elle peut s’avérer contre-productive, assiduité du contact avec les parties concernées.

Le cas de la Centrafrique : L’accord de Libreville signé, le 11 janvier, par les acteurs centrafricains, complété par la déclaration de N’Djamena du 18 avril issue du sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) est considéré comme le texte de base de la transition enclenchée dans ce pays depuis la nomination du Premier ministre, Nicolas Tiangaye, le 17 janvier. Cet accord a été mis à mal suite à la prise du pouvoir par la rébellion Séléka le 24 mars. Après avoir entériné le fait accompli, la CEEAC exigeait aussitôt des nouvelles autorités de Centrafrique de se conformer à l’esprit du processus de Libreville. Le rôle assigné à la médiation est entre autres d’amener tous les protagonistes de la transition au strict respect de cette feuille de route jusqu’à son terme dans un délai de 18 mois, de mobiliser les partenaires extérieurs pour assurer le succès de cette période. Tâche délicate, le chef de l’Etat congolais s’y emploie avec suite. En témoigne le ballet diplomatique incessant entre Brazzaville, N’Djamena et Bangui, les capitales respectives du Congo, du Tchad et de Centrafrique devenues le temps des mandats et des circonstances, celles de la médiation, de la CEEAC et de la mise en application de l’accord de Libreville. Entretemps, les autorités centrafricaines de transition sont régulièrement accueillies au Congo, Denis Sassou N’Guesso est souvent reçu au Tchad pour parler de la Centrafrique avec ses pairs de la CEEAC, alors qu’en l’espace de deux mois il s’est rendu par deux fois à Bangui, le 18 août, puis le 8 novembre.

La situation en Centrafrique étant complexe, il importe que toutes les parties prenantes aux mécanismes de sortie de crise se mettent ensemble pour sauver ce pays : l’aide financière internationale, le soutien militaire et sécuritaire, l’action humanitaire, tels sont les urgences du pays décryptées lors de la réunion inaugurale du Groupe international de travail qui avait eu lieu le 3 septembre à Brazzaville. La troisième réunion de cette instance tenue, le 8 novembre, dans la capitale centrafricaine, à laquelle prenaient part les représentants d’une quarantaine de pays et organisations, a une fois de plus appelé à diligenter l’installation de la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique).

Pour le médiateur, Denis Sassou N’Guesso, les défis à relever d’ici la fin de la transition en février 2015 restent nombreux. Il devra pour cela bénéficier de la pleine confiance des Centrafricains eux-mêmes, de ses homologues de la CEEAC et des puissances extérieures. Parmi celles-ci se trouve la France, déjà présente sur le terrain, mais dont on a noté un regain d’intérêt pour le dossier centrafricain ces derniers temps. Le tout sera d’harmoniser les vues sur la démarche à suivre. Le sommet de l’Elysée qui se tient dans la capitale française sur le thème de la sécurité offre une occasion exceptionnelle d’avancer sur cette question.

La situation en RDC : la communauté internationale a salué les récentes évolutions à l’Est de ce pays, notamment l’adieu aux armes décrété par le M23, le 5 novembre. Il faut attendre de voir quelle impulsion cette bonne nouvelle donnera-t-elle aux relations entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, deux voisins avec lesquels Kinshasa a maille à partir depuis quinze ans. D’ici-là, la route reste longue, mais l’on ne peut qu’agréer ce dénouement salutaire à la fois pour les populations du Nord-Kivu et pour la stabilité de la région des Grands Lacs.

La RDC qui vient par ailleurs de réunir des concertations nationales va certainement saisir cette opportunité pour s’attaquer à un autre chantier qui tient ses dirigeants à cœur, la réconciliation nationale. Les grandes lignes de cette aventure ont été consignées dans le rapport final des concertations. Joseph Kabila s’en est fait l’écho, largement, lors de son discours de clôture de ces assises, le 23 octobre dernier, à Kinshasa, en présence de son homologue, Denis Sassou N’Guesso. Ici, comme dans le cas de la Centrafrique, les bons offices du président de la République du Congo sont requis pour plusieurs raisons. La plus manifeste est sans doute cette proximité façonnée par l’histoire, qui a voulu placer Brazzaville et Kinshasa, les deux capitales des deux Congo, l’une face à l’autre.

Comment ne pas se soucier du malheur qui frappe le voisin ? Cette contigüité est souvent source de problèmes, mais elle peut être une chance indéniable lorsque de part et d’autre la solidarité prend le dessus sur le repli sur soi. Et c’est le cas présentement. Le propos de Léon Kengo Wa Dondo, le président du Sénat de la RDC, en fait foi. Venu à Brazzaville, le 8 août, avec son confrère de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, parler des concertations évoquées plus haut, Kengo déclarait à la presse, faisant allusion à Denis Sassou N’Guesso : « Il est le voisin le plus immédiat, il a une longue expérience du pouvoir et sait aborder les problèmes lorsqu’ils se posent ».

Sachant qu’entre les deux pays, lorsque survient une crise interne, les Congolais de Kinshasa, comme ceux de Brazzaville, trouvent refuge dans l’une ou l’autre capitale en franchissant simplement le fleuve, il n’est pas surprenant que le concept de bon voisinage, toile de fond de la politique extérieure du Congo-Brazzaville, prenne toute sa place dans l’appréciation des rapports entre les deux Etats. Denis Sassou N’Guesso connaissant la plupart des responsables politiques de la RDC a été appelé pour- le mot est de ses hôtes- « accompagner » le dialogue inclusif chez son voisin.

Plus largement, cet accompagnement de Brazzaville touche à la fois la sérénité que la RDC doit recouvrer à l’Est de son territoire. Le 24 mars, la rencontre ayant regroupé à Oyo, dans le Nord Congo, les présidents Joseph Kabila (RDC), Paul Kagamé (Rwanda), Yoweri Museveni (Ouganda) à l’invitation de leur homologue congolais, Denis Sassou N’Guesso, procédait de cette volonté de réduire les tensions entre ces différents pays, d’en faire non pas des Etats qui massent des troupes à leurs frontières, mais des partenaires soucieux du développement de toute la région.

Pour Brazzaville, il s’agit de ne pas renier son rôle et sa place dévolus par l’Histoire : ancienne capitale de l’Afrique équatoriale française et de la France Libre, Brazzaville a toujours été la place forte de la diplomatie internationale au cœur de l’Afrique centrale. En œuvrant dans ce sens, le président Denis Sassou N’Guesso concrétise cette quête de stabilité pour la sous-région et pour l’Afrique toute entière, à savoir que le continent ne peut arriver à l’émergence sans l’équilibre au sein de ses Etats.

Encore faudrait-il en plus que l’Afrique fasse de l’intégration, de la promotion de la démocratie, de la bonne gouvernance et de la protection des droits de l’homme des engagements inaliénables pour toujours. Le sommet de l’Elysée ne manquera pas d’évoquer le sujet, même à bâtons rompus.

Gankama N'Siah