Dossier spécial : sommet de l’Elysée. Thème : « Intégration régionale : forces et faiblesses des organisations sous régionales »

Jeudi, Novembre 14, 2013 - 16:45

Au lendemain de la guerre froide, la complexité grandissante des situations de crise en Afrique, ainsi qu’un intérêt moins marqué de la communauté internationale ont conduit des Etats africains à prendre des initiatives pour trouver des solutions à leurs problèmes, d’où la création des organisations sous régionales. Le diplomate et juriste Congolais, Jérôme Ollandet évoque avec nous les missions, le fonctionnement et les perspectives de ces organisations en Afrique.

Dépêches de Brazzaville : Que peut ont retenir des organisations sous régionales ? Comment se présentent-t-elle ?

Jérôme Ollandet : En général, on les appelle les CER (Communautés économiques régionales). La plupart des organisations sous régionales sont des CER. Dans la sous-région d’Afrique Centrale, nous avons la communauté économique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC), au sein de laquelle on peut trouver d’autres sous-ensembles comme la Communauté économique et monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC). La communauté Internationale des pays des grands Lacs (CIRGL) est une nouvelle organisation qui vient d’être créée.

D’ailleurs, je viens de participer à Pretoria, en Afrique du Sud à une réunion qui a regroupé les pays de cette nouvelle organisation qu’il ne faut pas souvent confondre avec la CPGL (Communauté économique des Pays des Grands Lacs. C’est une organisation internationale créé en septembre 1976 pour l’intégration économique et la facilitation des mouvements des biens et des personnes entre différents pays de la région des grands lacs d’Afrique centrale,( Burundi, République Démocratique du Congo (RDC), Rwanda. Son siège se trouve à Giseni au Rwanda. La réunion de Pretoria a regroupé la CIRGL et la SADEC.

La Communauté de développement d’Afrique Australe (SADEC) est une autre organisation régionale regroupant les pays de l’Afrique Australe qui s’étend jusqu’à Madagascar, les Seychelles et L’Ile Maurice. Nous avons une autre organisation comme la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

En Afrique Orientale nous avons l’autorité intergouvernementale sur le développement ou Intergovernmental Authority on Développent (IGAD), un groupement régional associant sept pays est-africains : Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Somalie, Soudan et Ouganda. Ce sont des ensembles sous régionaux. Au-dessus d’eux, nous avons la grande organisation qu’est l’Union Africaine. Voilà à peu près, schématiquement comment se présentent quelques organisations.

L.D.B : Comment fonctionnent ces organisations ?

J.O : Elles fonctionnent tant bien que mal avec des succès et des échecs. Le premier succès c’est le fait d’exister, et le second, c’est la difficulté que rencontrent les administrations dans leur fonctionnement. Elles fonctionnent aussi avec beaucoup de faiblesses du point de vue matériel. Du fait qu’elles existent et fonctionnent de façon administrative, constitue une force.

L.D.B : Quelles sont les grandes faiblesses de ces organisations sous régionales ?

Les grandes faiblesses se montrent d’abord au niveau de leur nombre. Elles sont trop nombreuses, et du coup, se pose le problème des cotisations. Les Etats éprouvent des difficultés pour s’acquitter de leur dette. Ensuite, les calendriers budgétaires ne fonctionnent pas toujours au même moment. Pendant que certains pays tentent de mettre à jour leur budget en cotisant normalement, d’autres par contre retardent. Or, le peu d’argent qu’un pays peut envoyer, ne peut jamais faire fonctionner une organisation. C’est l’aspect financier qui est primordial.

Un autre aspect réside dans des méthodes de sélection des cadres, qui sont beaucoup plus politiques qu’administratives. Ces organisations n’ont pas été structurées pour discuter des problèmes politiques mais plutôt économiques. Lorsqu’il s’est agi de régler par exemple la crise politique en République Démocratique du Congo, nous avons eu de sérieuses difficultés à connaitre dans quel cadre la traiter, d’où, la mise en place de la communauté économique des Etats des grands Lacs, (CIRGL). La grande innovation est qu’elle s’occupe également des problèmes politiques.

La faiblesse de ces organisations sous régionales est de se focaliser seulement sur des problèmes économiques. Mais, du point de vue statutaire, ce sont des organisations bien battis, avec en toile de fond des structures, des sommets des chefs d’Etat, des conseils des ministres et des réunions des experts.

L.D.B : Qu’elles sont les stratégies à mettre en œuvre pour résoudre ce problème ?

Il s’agit de la bonne volonté des Etats de s’acquitter de leur droit, car les organisations internationales fonctionnent comme des ristournes. Dans une ristourne si vous ne contribuez pas, on ne pourra jamais vous donner de l’argent. Les organisations internationales sont des ristournes. Elles sont indispensables car un pays ne peut s’en sortir seul quel que soit sa puissance

Propos recueillis par Yvette Reine Nzaba

 

Yvette Reine Nzaba
Légendes et crédits photo : 
Jérôme Ollandet