L'activié organisée par la librairie des Dépêches de Brazzaville a connu comme invité, pour sa deuxième séance DU 25 mai, Théophile Obenga, qui a retracé l’historique de certaines villes poétiques et l’importance de celle-ci, après la déclamation de ses deux ouvrages poétiques.
Le poète a commencé par remercier les organisateurs de l'émission, avant de retracer l’historique de la poésie. Tous les peuples qui sont venus à la vie sans exception, ont commencé par un acte poétique, a-t-il déclaré.
Le Pr Théophile Obenga a expliqué que sans Homère, peut-être qu’il n’y aura pas eu la Grèce, parce qu’il a fixé la langue et est parti d’un petit événement d’une femme qu’on avait enlevée pour sa beauté. Il a dramatisé les faits et finalement, il y a eu la créaculture classique grecque. Rome bien sûr, il y a des légions des Césars, mais c’est surtout Virgile, car s’il n’y avait pas Virgile peut-être qu’il n’y aurait pas eu Rome réellement, car Rome est née dans la poésie de Virgile. Et sans Dante Alighieri, la divine poésie, il n’y aurait pas eu italien, parce que l’italien dont on parle aujourd’hui a été fixé par les Florentins, c’est-à-dire par Dante Alighieri, un poète dans son livre "L’enfer-le purgatoire et le paradis", apoursuivi le poète. Cela a donné, a-t-il dit, ce qu’on appelle la culture italienne dans l’humanité. Même la France c’était moins grand, mais ce sont des Ronsard (qui ont des statues en France) un groupe de sept poètes qui ont donné une âme à la France, il n’y avait pas d’âme à la France, il n’y avait pas de peuple français…, a ajouté le Pr Obenga.
Donc, chaque fois, c’est la poésie qui peut être fait par un individu, par un groupe, mais qui fait toujours la nation, a-til soutenu. Si bien qu’un peuple qui ne cultive pas la poésie, c’est un peuple qui n’a pas d’avenir, qui ne va pas cultiver l’histoire et qui ne marquera pas sa présence et son acte de naissance dans l’humanité. La poésie inscrit le peuple dans l’humanité, partout dans le monde entier. « C’est pour dire que votre initiative d’honorer les poètes est une bonne. Ils sont nombreux au Congo. Il faut les honorer, les cultiver, ne pas les ignorer. Ça joue avec les sentiments, avec les sublimes, dire que c’est plus que la beauté », a-t-il déclaré.
Parlant de la beauté, le professeur poète a indiqué que Brazzaville a commencé par la beauté précisément. En 1944, on a pris l’argile de Mpila, la pierre du Djoué, les ouvriers congolais pour bâtir Sainte-Anne. Tout était local, à l’exception des verres de toit qui sont venues de l’extérieur, et personne n’est morte. C’est unique l’architecture de Sainte-Anne qui est un monument historique. Poto-Poto est connue par sa peinture, notamment l’Ecole de peinture de Poto-Poto, mais les gens n’y vont pas, il n’y a pas de galerie, les peintres abandonnés et délaissés à eux-mêmes, alors que cette école a donné des grands noms de la peinture.
Brazzaville, ville artistique
Brazzaville est une ville artistique qui a donné le plus grand orchestre qui animait toute la capitale, intitulé Les Bantous de la capitale avec le bar mythique Faignond. C’était le lieu de rencontre, de la sape, de l’exhibition, du bien vivre, du bonheur. « Quand vous cultivez la beauté, les autres problèmes (tels que le régionalisme, l’ethnie) sont secondaires, parce que la beauté rassemble et va à l’essentiel. La jeunesse d’une ville doit se rencontrer. Brazzaville est une ville de beauté, elle avait des flamboyants, des jardins, une ville fleurie. Aujourd’hui on vit sans fleur, on a tout détruit, on essaie de survivre », a-t-il regretté.
Pour le professeur, il faut vivre avec la mesure car, l’homme est la mesure de toute chose. La mesure c’est l’élégance, c’est la beauté. La simplicité est une vertu, elle est très difficile, alors que l’orgueil et la vantardise sont plus faciles. La poésie c’est comme la musique, la danse. Elle est importante dans l’humanité.
Parlant des racines, le Pr Obenga a expliqué à l’auditoire, qu’il est en train de lire Alex Alain, « Roots- Les Racines ». Les racines a-t-il dit, donnent la vie et soutien l’arbre. L’Afrique, a-t-il poursuivi, avait ses racines (la société, la chasse, la pêche, …) et était organisée. Les négriers sont venus et ont apporté les racines dont beaucoup sont mortes dans l’océan. Celles qui sont arrivées à destination ont perdu les racines africaines. Ils ne s’appelaient plus Malonga mais Jackson, ils ne s’appelaient plus Itoua mais Elington. Ils ont pris les noms des maîtres. Il y a eu d’autres espaces mentaux, géographiques, et d’autres rapports sociaux, de maîtres à esclaves. Les griots qui chantaient pour les rois en Afrique sont devenus des choristes dans les groupes noirs américains… Et c’est devenu le monothéisme biblique contre le monothéisme coranique, les deux monothéismes qui se battent. Et du coup, les Noirs se sentent chez eux aujourd’hui. Le tout, selon lui, est toujours d’avoir ses racines. En France, par exemple, si les Français n’aiment pas les rois, ils gardent les racines. Même s’ils ont tué les rois, mais lorsqu’ils reçoivent les gens ils les amènent à Versailles… Les racines c’est la vraie poésie.
Pour le Pr Théophile Obenga, la poésie est très importante parce qu’elle donne racine aux choses. Elle fait ancrer les choses fondamentalement dans le sol natal. Il a critiqué les musiciens actuels qui ne chantent plus des thèmes pouvant servir de racine aux générations futures sinon que pour de l’argent.
« Les musiciens actuels ont tué la musique en réalité. Il suffit de donner de l’argent pour qu’ils chantent votre nom, mais lorsque vous êtes en difficulté, ils ne chantent plus votre nom. Les Kabasele, les Franco, les Rochereau, …, n’ont pas fait ça. Il faut chanter la beauté, l’amour, la souffrance, la mort, la vie, bref, les bons thèmes. On ne chante plus ça, sinon que les noms des gens, les généraux, les colonels et quand ils sont en difficulté, ont les chante plus. Les Kabasele, les Franco, les Rochereau ont préparé les racines. On a toujours chanté leur musique, parce qu’ils ont fait des racines. Il faut être honnête et pratiquer l’art dans la sincérité. Il faut qu’il y ait la sève nourricière. »
Notons que la troisième séance aura lieu le 29 juin prochain.










