Il ne s’agit pas de vous replonger dans l’histoire pour évoquer Titus, cet empereur romain appartenant à la dynastie des Flaviens et qui régna de 79 à 81 avec, à son actif, la prise de Jérusalem en 70.
Le titre de cette chronique est inspiré par l’actualité qui, en début de semaine, a porté sur la publication des résultats du baccalauréat général. Les scènes de liesse auxquelles on a assisté tout au long de cette journée du lundi 30 juillet suscitent des commentaires. Voire une analyse.
Qu’avons-nous vu ? Des jeunes, filles et garçons, en groupes ou seuls, courant à travers les rues et laissant libre cours à leur joie. Mais bien plus car, comme ces fans du football, ils avaient badigeonné leurs corps de poudre alors que certains s’étaient fait asperger de la farine blanche. D’autres se sont vu verser la bière de la tête aux pieds. Joli spectacle qui couronne neuf mois entièrement consacrés aux études avec l’objectif de décrocher ce sésame qui ouvre les portes des universités ou des écoles supérieures.
À Brazzaville comme dans d’autres villes du Congo, les scènes étaient les mêmes. Ou presque. À l’instar de ces jeunes, filles et garçons, qui criaient, faute de psalmodier, tout en s’arrachant les habits jusqu’à rester en caleçon ou en culotte. Au point que, constatant cette scène insolite de la part d’une fille qu’elle connaît bien, une vieille vendeuse d’arachides, en face d’un lycée, n’a pas hésité de verser des larmes. Pour elle, la fille était frappée de folie. Et dans un lingala dominé par la complainte, elle a dit à peu près ceci : « Comme le monde est méchant vraiment ! Une fille intelligente, jolie et pleine d’avenir ! Qu’a-t-elle fait pour mériter un tel sort ? Puisse Dieu le Tout-Puissant la délivrer de cette situation et punir ses sorciers ! »
A-t-elle tort la vieille ? Non. Parce que la fille en exprimant sa joie a eu des propos plus ou moins sibyllins pour la vieille qui n’y a pas compris la métaphore : « Je deviens folle ! Je deviens folle ! » Soit, en lingala : « Na beli liboma ». Une manière d’exulter dont cette nouvelle bachelière n’a pas le monopole car rares sont les admis qui n’ont pas fait dans l’excès. Se sont contenus ceux qui n’ont pas vu leurs binômes s’admettre et qui ont vu la joie de leur succès personnel aseptisée par l’échec d’un ami.
Ce que les jeunes d’aujourd’hui expriment sous la forme d’une folie débutante l’a toujours été mais de manière différente par leurs parents et grands-parents. Ceux-ci inscrivaient « Titus » sur leur dos pour signifier qu’ils étaient admis ». Examens d’État ou de passage en classe supérieure, le mot Titus était la seule expression des admis en dehors des présents dont les meilleurs étaient gratifiés.
Sans condamner la jeunesse, il faut admettre que la joie n’a pas de limites. Ici, on se livre à un concert de klaxons ; là on débouche le champagne. Ailleurs, on glisse sur la boue. Mais on a aussi vu des admis déchirer ou brûler des tenues pour dire « adieu » au lycée ou au collège.










