De plus en plus d'associations s'emploient à aménager des salles de jeux dans les services de pédiatrie de certains hôpitaux de la ville. Ces espaces ludiques sont implantés dans ces milieux hospitaliers afin de redonner le moral et parfois la santé à des enfants malades. Très appréciée des petits, des parents et du personnel soignant, l'initiative est cependant limitée, faute de financement.
Lecteur, DVD , dessins animés, voitures et vélos... sont autant de jouets qui étaient installés dans la salle de jeux aménagée à l’hôpital de Talangaï au nord de Brazzaville avant la catastrophe du 4 mars 2012. A côté de ces jouets, la sœur Claudine, la religieuse chargée d'encadrer bénévolement les activités de cette salle, se souvient combien ces objets et ces jeux aidaient les enfants hospitalisés à adhérer au traitement sans caprice. Pour elle, cette salle de jeux facilitait la guérison de certains enfants malades. « J’ai assisté à des changements. Quand certains enfants arrivaient dans la salle de jeux, ils étaient parfois alités et souvent accompagnés par des parents. Dès qu'ils entraient dans l'ambiance de la salle grâce à la télévision et aux jouets, ils reviennaient seuls en marchant.»
Grâce à cette salle de jeux, certains enfants malades ont été motivés à prendre leur traitement dans l’espoir d’aller vite jouer. « Vient, on ira là-bas, Il y a des jouets, on va bien s’amuser », lançait un enfant malade pour convaincre ses camarades malades à prendre leur cure du matin, raconte la soeur Claudine.
Aménager des salles de jeux pour installer des jouets et d’autres articles pour enfants dans les services de pédiatrie des Hôpitaux de Brazzaville est une idée de l’Association Veille et Réveil pour le Développement, en sigle (AVRD). Une salle similaire a également été amenagée au service de pédiatrie de l'hôpital de Makélékélé. L'idée de créer des espaces de jeux à des fins thérapeutiques prend sa source dans les coutumes bantoues. Suivant cette tradition, explique Martine Béatrice Pongui, présidente de l'association, quand un enfant traîne une maladie chronique, on organise pour lui une fête appelée salaka durant laquelle on distribue des friandises et on invoque les âmes des ancêtres de la famille afin qu'ils intercèdent en faveur de sa guérison. "La salle de jeu joue un peu ce rôle", explique-t-elle.
Par jour en moyenne 5 à 10 enfants âgés de 2 à 10 ans visitent des salles de jeu. Cet espace ludique dispose d'activités qui épargnent des troubles affectives.
Pour Julien Makaya, médecin psychologue et président de l’Association Serment Universel "le jouet en milieu médical aide l’enfant à vivre sans séquelle. Les activités en milieu de soins permettent aux enfants de vivre la situation d’hospitalisation sans trop de coups psychologique".
Aujourd’hui ces gestes encourageants poussent d’autres associations à réfléchir, et regarder comment elles vont pérenniser cette initiative, « nous allons voir comment faire que les enfants hospitalisés bénéficient de cet outil de façon pérenne », soutient Julien Makaya, après avoir fait visiter la salle de jeux à 20 enfants infectés et affectés par le VIH. Ce médecin psychologue a trouvé par le biais des activités ludiques un élément important pour son association dans la prise en charge des enfants porteurs du VIH/Sida. «Lorsqu’ils sont plongés là, dans les jeux, les enfants ne veulent plus s’arrêter », se souvient-il.
De leur côté, Les médecins pédiatres voient une autre importance, "Le jeu rappelle un peu au malade la maison et lui fait oublier le côté médical qui inspire souvent la peur», poursuit-il.
Les jouets seulement ne peuvent apporter la guérison, les personnels de la santé et les parents réconfortent les enfants, «tu veux retrouver les amis, il faut guérir. Pour cela il faut prendre les médicaments », lancent souvent médecins et parents. Une technique qui marche bien avec les enfants. D’autres parents utilisent des paroles pour convaincre, « je le supplie et lui fais des promesses pour lui permettre de prendre bien son traitement », fait savoir Leocadie. Les jeux et cette attention permettent d’obtenir des résultats sûrs. « Cela nous permet de faire accepter le traitement à l’enfant et lui faire oublier l’aspect négatif de l’hôpital », confie le docteur Ntsila Régis.
Selon le coordonnateur de la pédiatrie de L’hôpital de Makélékélé, « la salle de jeux est un élément facilitateur du traitement, pour les enfants convalescents. Cela leur permet d’oublier un peu la violence des injections ».
Malgré les multiples bienfaits de ce projet, l'AVRD ne compte que sur ses ressources propres, de plus en plus maigres, pour le faire fonctionner. Du coup, sa pérennité est remise en question. Depuis juillet dernier, la salle de Makélékélé est fermée, les caisses de l'association ne lui permettant plus de payer les 15 000 Fcfa (environ 23 €) de salaire à son animatrice. Pour nous permettre de continuer les activités, lâche Martine, "nous avons l'oreille et les mains tendues partout où nous pouvons avoir de l'aide".










