Homme de culture, Pierre Claver Mabiala porte plusieurs casquettes. Comédien, metteur en scène et dirigeant d'une troupe de théâtre, directeur du festival Nsangu Ndji-Ndji, l'un des plus grands événements culturels à Pointe Noire, dont la dernière édition s'achève ce 7 juin. Rencontre.
Les Dépêches de Brazzaville En quelle année a été créé l’espace Yaro et qu’est ce qui vous a motivé ?
Pierre Claver Mabiala : On avait une troupe théâtrale (le Bivelas) et il nous manquait un lieu de répétition. À cette époque, on squattait l'une des salles de la Pagode (espace au Centre Culturel Français). Avec le temps, on en a eu marre, et nous avons décidé de trouver un espace qui nous appartiendrait. C’est alors que nous avons sollicité un espace dans les locaux de la mairie de l’arrondissement 4 Louadjili. Après des années de location, nous avons été mis à la porte par l’État et il a fallu coûte que coûte trouver un autre lieu de travail. Après moult recherches, nous sommes tombés sur ce site (en 1993) que nous avons baptisé Espace Yaro qui, avec le temps et le travail, est devenu un lieu référentiel de culture au niveau de notre quartier mais aussi, et surtout, dans la ville de Pointe Noire. Mais c’est seulement à partir de 2003 que le site à commencé à trouver ses marques. Et très vite, l’espace Yaro a eu de la notoriété par rapport aux formations, à l’encadrement et l’accompagnement artistiques que nous offrons. Aujourd’hui, nous nous sommes aussi lancés dans la production et la diffusion artistiques et nous accueillons régulièrement en résidence cinq groupes artistiques (théâtre, musique, danse) qui utilisent notre site pour leurs répétitions. Et depuis un moment, nous nous sommes lancés dans la programmation.
L.D.B : Quelles difficultés rencontrez-vous pour animer un tel espace?
P-C.M : La première difficulté est financière, nous ne sommes subventionnés ni par l’État, ni par les organisations privées. On vit par rapport à nos prestations artistiques, des mises en scènes, ça et là et de l’événementiel. Nous organisons des manifestions culturelles pour les entreprises et les privés…Un vrai handicap car c’est avec toutes ces prestations qu’on jongle pour assurer le fonctionnement de la structure, le payement du personnel, l’électricité, l’eau, la connexion internet.. L’autre difficulté est le manque de politique culturelle de notre pays. Une fois qu’on aura une politique culturelle qui marche, je pense que les entreprises culturelles se porteront mieux et auront les moyens nécessaires pour faire fonctionner leurs différentes activités.
L.D.B : Est-ce que la population est intéressée par ce que vous faites?
P-C.M : Oui le public est présent. C’est aussi l’une des raisons qui nous poussent à aller de l’avant. Notre avantage est qu’on est installé dans un quartier populaire, et que le public est de plus en plus nombreux à venir aux spectacles quelle que soit la discipline que nous lui proposons. Reste à maximiser les activités mais pour cela il faut avoir suffisamment des sous. Notre inquiétude repose plus sur comment payer ce local. Où iront ces spectateurs qu’on a réussi à fidéliser ? C’est vrai que ce n’est pas vital, mais dans la vision culturelle et artistique cela a un sens d’être au cœur des populations. C’est pour cela que nous collaborons autant que possible avec l’Institut Français pour avoir une diversité de spectacles à présenter. On collabore aussi avec associations des jeunes, des écoles de quartier à qui on offre des programmes spécifiques .
L.D.B : En général ce n’est pas souvent facile de fidéliser un public. Comment avez réussi fidéliser le vôtre ?
P.C-M : Je suis avant tout fils du quartier, je pense que cela a un grand impact vu qu’on se retrouve de temps à autre dans les ngandas où nous discutons amicalement. J’assiste à des compétions de foot des jeunes, je suis également présent lors des veillées mortuaires. Et donc les gens me connaissaient plus ou moins bien et quand je les invite aux spectacles, ils viennent spontanément comme pour faire honneur à un fils du coin. Certains viennent même assister aux répétitions et ont parfois en tête l’idée du spectacle et du jour de la représentation. De plus, quand des artistes étrangers arrivent, les gens du quartier viennent couramment discuter avec eux. Bref, il y a vraiment une vie au sein de l’espace. En fait, on essaye de dépasser le cap de l’artistique, de tisser des liens au-delà des salles de spectacles avec la population et ça marche plutôt bien. Et par rapport à cette démarche, quelques artistes étrangers venus en création ont soutenu des enfants ici en prenant en charge leur scolarité. Le cas de l’administrateur du groupe Archi musique (France). C’est difficile à faire asseoir mais on y arrive peu à peu.
L.D.B : Un dernier mot pour terminer ?
P-C.M : Je suis parfois indigné car on on est le dernier pays à avoir mis un programme de promotion et de soutien à la culture. On doit notre survie aux subventions extérieures parce que le Congo ne nous offre rien. C’est dommage qu’à chacune de nos créations l’on ait recours à la France ou aux autres organisations étrangères pour faire valoir notre culture. Pour cette édition par exemple 60 % du fonctionnement du festival viennent des partenaires et entreprises mais avec la baisse du prix du baril de pétrole, ces dernières se font rares et le festival subit malheureusement indirectement les conséquences. Les pouvoirs publics et les collectivités, de leur côté n’apportent pas le soutien attendu aux organisateurs en dépit de quelques facilitations accordées par la mairie de Pointe-Noire à l’organisation. Si les entreprises apportent près de 60 % à l’organisation, on aimerait que les 40 % restants viennent des pouvoirs publics.










