Jussie Nsana Banimba, « De la peinture à la vidéo »

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Jeudi, Juin 25, 2015 - 12:15

 À l’heure où Brazzaville se métamorphose par la présence de nouvelles bâtisses, « Bimbanbukila », première vidéo de Jussie Nsana, pose le problème de la mémoire. Réalisé lors des ateliers SAHM, il y a deux ans à Brazzaville, l’artiste nous emmène au cœur de Brazzaville où elle magnifie le mur sous toutes ses coutures. Des murs qui deviennent des espèces de témoins, des ponts entre le passé et le présent.

Bimbanbukila, (souvenir en français), une vidéo de cinq minutes de Jussie Nsana pose le problème du temps dans un quartier de Brazzaville que revistite l'artiste au travers de sa caméra. Le temps qui s’écoule inéluctablement entre nos doigts, qui emporte hier, nous rapproche de demain avec ses changements positifs et négatifs. Ce film est une manière pour la jeune artiste de figer le temps et de le conserver dans sa mémoire.

Du début à la fin de la projection, se succèdent des murs (gris, blancs, lézardés, composés de tôles), récents et anciens juxtaposés les uns aux autres sur lesquels défilent une dizaine de personnages, exécutant des mouvements circulaires avec leurs bras.

Le choix porté sur les enfants, comme personnages cibles, indique indubitablement la notion de changement, qui est renforcé par les mouvements du corps et des mains des protagonistes. De plus, chaque séquence de ce film donne lieu à une nouvelle piste qui consolide l’idée de la mouvance et de l’évolution architecturale de Brazzaville à travers la construction des nouvelles bâtisses.

Si on est un peu gêné au début du film, parce qu’on ne perçoit pas tout suite la pensée de la réalisatrice, celle de la conservation du patrimoine architectural, on change rapidement d’avis parce que ces murs, nouveaux et anciens, qui cohabitent et se confondent souvent font naître en nous un sentiment d’affection.

Une émotion qui est exprimée par le jeu des acteurs qui s’accrochent aux murs, les touchent en allant de gauche à droite, de droite à gauche pour se fondre dans un nuage noir. On communie, on dialogue, on se sent complice, en harmonie avec ces remparts.

Nostalgique, elle déclare : « j’y ai joué avec des amis, j’ai vu des amoureux y trouver un abri, bref ces murs représentent pour moi des folles et magnifiques histoires… ». Cependant, au delà de ce coté spleenétique, et loin d’être hostile à la transformation de la ville, Jussie revendique la préservation de certains sites. Sa vidéo pose la question de mémoire puisque l’artiste désire perpétuer ces vieilles constructions  dans ses souvenirs.

Si ce premier jet n’est pas très abouti, l’artiste a néanmoins trouvé un fil conducteur qui a happé notre attention durant toute la projection. On retient donc que le changement est un mur infranchissable pour l’artiste. Et le choix de faire intervenir les enfants dans sa vidéo n’est pas anodin car l’artiste veut réconcilier les enfants avec le passé. En ce sens, le mur devient ici le témoin, le relais entre cette nouvelle génération et l’ancienne. « Je veux  juste garder dans ma mémoire ces bâtisses », a déclaré la vidéaste.

Un vœu certes un peu égoïste mais que l’artiste assume pleinement.

 

Berna Marty
Légendes et crédits photo : 
Jussie Nsana
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