Purée de manioc bouilli consommée avec de l’arachide, le « Mbuata » fait partie des aliments de base des populations du département du Niari. Originaire du Niari, le musicien Patrick Mouithyt en vante les vertus thérapeutiques et diététiques dans une chanson de salsa chantée en punu.
On penserait à un salsa latino-américain du genre « Guatanmera », vu la prédominance de la lettre R qui pourrait faire penser à l’espagnol! Au contraire ! C’est un salsa en punu, langue parlée dans le département du Niari (Mossendjo, Nyanga, Divénié et Kibangou) ainsi qu’au sud-ouest du Gabon voisin. Mais si la musique (traditionnelle et/ou moderne) punu, comme celle de beaucoup d’autres ethnies du Congo-Brazzaville, se caractérise par la peinture satirique des mœurs, «Mbuat na pinda, Mbuata aux arachides en punu) a un contenu on ne peut plus atypique, voire original : le « Mbuata ». Un aliment facile à préparer et à cuire.
Du manioc roui broyé avec la main ou des cossettes de manioc hâchées avec un couteau. Le tout bouilli dans de l’eau. La cuisson dure quelque six minutes. On obtient une purée appelée Mbuata. Ça se consomme à chaud avec de l’arachide grillée, crue ou bouillie. Un bon petit-déjeuner dont se régalaient les ancêtres avant de vaquer à leurs occupations champêtres. Le soir, afin d’atténuer et même dissiper la fatigue liée aux dures activités champêtres (abattage d’arbres, défrichement ou sarclage), l’on consommait le Mbuata. C’était aussi un aliment de substitution. En période de disette, la maman offrait à la maisonnée un bon bol de Mbuata. Également un aliment d’accueil. Les nourrissons eux aussi, étaient entretenus au Mbuata, cette fois-ci sans arachide. Avant de donner les nouvelles, l’étranger devait d’abord ingurgiter le Mbuata. «Le Mbuata constitue un des principaux piliers de la culture punu », explique Alain Ivouvou, enseignant, né certes à Pointe-Noire, mais dont les parents sont punu.
Les vertus du Mbuata
Né au cœur de la forêt de Divenié, Patrick Mouithyt résidant à Pointe-Noire, semble loin d’oublier le Mbuata malgré la distance qui le sépare aujourd’hui de Divenié. Dans son opus de cinq minutes, cet infirmier d’une trentaine d’années chante les vertus du Mbuata. «Les vertus du Mbuata sont diverses. Elles sont aussi thérapeutiques, car le Mbuata est un bon diurétique et un bon antipyrétique . Quand on fait de la fièvre (qui est un symptôme), on consomme le Mbuata. Et à force d’uriner on atténue la fièvre quelle que soit la température. Le Mbuata est aussi riche en amidon, glucides et protéines. Son apport calorifique est donc important », explique Patrick Mouithyt. Ce, avant de poursuivre : « Cette chanson de salsa consiste donc à faire la promotion du Mbuata afin que les générations futures ne l’oublient pas».
Il profite aussi pour appeler ses compatriotes à ne pas oublier les mets du terroir. «En chantant ‘‘Mbuat na pind’’, je voudrais inviter les Congolais d’autres communautés ethniques à toujours se souvenir des mets de leurs terroirs. Je veux parler du ‘‘Ngoki’’ (viande de crocodile) chez les Mbochis, du ‘‘Ngulu mu mako’’ (viande de porc consommée avec la banane) chez les Bembés ou encore du ‘‘Mbal Pind’’ (pain constitué de pâte d’arachide et de manioc) chez les bakugnis du département de la Bouenza. Ce sont les richesses culinaires, diététiques et culturelles de notre pays. Et nous n’avons pas le droit de les oublier. Il nous revient donc de les promouvoir afin que nos enfants et arrières-enfants en en connaissent les avantages», souligne Patrick Mouithyt.
Une préoccupation qui semble à la mesure du contexte. Suite à l’invasion des cultures exotiques, des Congolais mettent de côté les mets du terroir au profit de ceux de l’étranger. Pourtant, explique Mouithyt, ces aliments-là en ville sont de facteurs de consolidation d’unité nationale. «À Pointe-Noire, Brazzaville ou Dolisie, il y a aujourd’hui des endroits spécialisés de vente des plats du village. Les amis s’y retrouvent souvent les dimanches pour consommer le Mbuata, manger le Ngoki ou le Ngulu mu Mako. Ça renforce les liens d’amitié et de fraternité. Quoi de plus intéressant que de vivre comme autrefois dans nos villages ! », s’exclame Patrick Mouuithyt qui regrette de ne pas trouver jusqu’ici de producteur pour mettre ses produits sur le marché.
Des produits qui sont le résultat de son parcours musical pour avoir appris la musique au sein de la chorale de l’église prostante et pour avoir travaillé avec des musiciens dont le célèbre Caprice Dicon.










