Portrait : Benoît Moundélé-Ngollo, un écrivain libre et original

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Vendredi, Septembre 4, 2015 - 13:45

L’homme a longtemps assumé de hautes fonctions administratives dans son pays, le Congo en tant que ministre, administrateur et maire de Brazzaville et, finalement, préfet du département de Brazzaville. Le général Benoît Moundélé-Ngollo est l’un des plus prolixes parmi les auteurs du bassin du Congo avec, à son actif, dix ouvrages. Tous dans une écriture distante des courants classiques comme on peut le percevoir avec des titres tels «Piments sucrés sous les tropiques», «Du coq-à-l’âne», «Libres pensées», «A bâtons rompus», «Lettres ouvertes», «A lire si vous avez un peu de temps», «Fantasmons ensemble un instant dans un SNOPRAC», «Je plaide non coupable», «Cocktail Molotov bourré de vérités détonantes». Telle est la conclusion d'Alain, auteur du livre Propos de littérature dans «L’art d’écrire précède la pensée». Pourtant, c’est le contraire que nous révèle Benoît Moundélé-Ngollo. Dans cet entretien qu’il a accordé aux Dépêches de Brazzaville, il ne cache pas son côté anticonformiste, voire révolutionnaire.

 

Les Dépêches de Brazzaville: Benoît Moundélé-Ngollo, vous considérez-vous poète ?

Benoît Moundélé-Ngollo: J’écris dans un style qui n’obéit pas aux canons des formes habituelles de la littérature. D’emblée je ne sais pas si je suis poète, romancier, essayiste, tellement mon style fait controverse, car jusqu’ici on ne sait dans quel genre me classer.

LDB : Et vous-même en tant que créateur ou écrivain, quel concept donnez-vous à votre style?

BMN: Le nom provisoire est «le style anticonformiste», car pour moi, ce qui compte c’est de faire passer l’idée suivant l’observation du fonctionnement de la société, en donnant un certain tempo dans l’écriture. Ce qui exige du lecteur un certain temps d’arrêt pour saisir le sens de mon texte.

LDB: quelle thématique vous tient à cœur?

B.M.N: Tous les sujets s’interfèrent dans mes écrits. Un regard psychologique, philosophique et critique de la société s’y mêle. Je parle un peu de tout. D’ailleurs «un peu de tout», c’est le titre d’un livre que j’ai commis il y a dix ans.

L.D.B : L’engagement littéraire est donc l’essence de votre œuvre ?

B.M.N : Lutter contre le mal pour faire triompher le bien, voilà la raison pour laquelle j’écris. Voyez par exemple ces gens qui créent une multitude de religions pour une seule entité, un seul être supérieur, Dieu ; chacun proposant un canevas particulier pour entrer en contact avec ce Dieu. En réalité, c’est souvent pour avoir de l’argent. C’est ça qu’il faut dénoncer. Au plan politique, le problème crucial de l’Afrique en général, c’est la corruption. L’Afrique a besoin des acteurs sociaux qui ne sont ni corrupteurs ni corruptibles. L’autre mal, c’est la division des populations par le politique sur des bases ethniques, religieuses ou raciales comme dans un passé récent avec l’apartheid. Voilà les questions qu’il faut débattre. Malheureusement les gens se perdent à évoquer des problèmes qui sont loin d’être les véritables problèmes des Africains. Dans un ouvrage, par exemple, je cerne «Les causes des tragédies politiques au Congo». Mais combien en ont tenu compte, combien ont lu…les Congolais n’achètent guère les livres, ils achètent de la bière, du champagne pour s’abrutir davantage.

L.D.B: C’est ce qui vous oblige à ramer à contre-courant ?

B.M.N: Le plus grand nombre n’a pas toujours raison dans la vie. Galilée est un cas de figure dans l’histoire. Souvent ceux qui sont économiquement puissants imposent leur vision du monde aux autres. Et par hypocrisie tout le monde emboîte le pas. Comme je l’ai dit précédemment, j’écris contre le mal sans aucune intention de fustiger des personnes sociales ; celui qui fait le mal peut s’identifier, moi-même d’ailleurs pourquoi pas. Mes écrits sont un peu à l’image de la bible ou du coran qui défendent beaucoup de vices où presque tout le monde se retrouve.

 

Propos recueillis par Aubin Banzouzi
Légendes et crédits photo : 
Le Général Moundele Ngolo, un auteur anti conformiste
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