Île Mbamou : Les femmes de Kintégué font entendre leur ral-le-bol

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Jeudi, Octobre 15, 2015 - 16:15

Devant le manque d’infrastructures sanitaires et scolaires, les difficultés d’approvisionnement d’eau et d’écoulement dans leur village, les « kinténguoises » ont tenu à exprimer leur mécontentement. Situé à en environ 9 kilomètre de Brazzaville, soit à 1heure 30 minutes de traversée par pirogue motorisée, le village Kintengué est un brassage de cultures avec près 800 habitants. Témoignages.

Ngafoula Virginie : "Tous les jours nous parcourons 16 kilomètres pour aller au champ et quand nous rentrons des champs nous ramenons les tubercules sur le dos. À force de faire ces longs trajets nous avons à la longue des problèmes de rhumatisme. Nous demandons au gouvernement de nous fournir un moyen de transport ou des brouettes qui nous aideront à transporter nos marchandises."

Onianga : "L’eau que nous consommons n’est pas potable car c’est celle du fleuve. Elle regorge toutes les saletés possibles et inimaginable (pisses, excréments, serviette hygiéniques, couche à jeter). Lorsque nous accouchons, nos enfants consomment aussi la même eau vu que certaines familles n’ont pas assez de moyens pour s’offrir des bouteilles d’eau minérale. Notre souhait est qu’on installe des pompes ou des forages car nous vivons seulement par la grâce de dieu. Pire quand on tombe malade, on est obligé d’aller à Brazzaville ou à Lisangha pour se faire soigner et cerise sur le gâteau, il n’y a aucune pharmacie où acheter des médicaments de première nécessité et c’est grave. Que le gouvernement ait pitié de cette population car nous sommes aussi Congolais comme ceux qui sont à Brazzaville."

Annie Efikalokoua, mère de cinq enfants. : "Pendant ma grossesse, je faisais des navettes entre Kintégué et Brazzaville pour les examens prénataux. Au moment de l’accouchement, ne pouvant aller à Brazzaville, j’ai accouché à la maison. Mon enfant a avalé le liquide amniotique. Le temps de prendre la pirogue pour arriver à Brazzaville, il  a succombé en cours de route. On accouche dans les conditions difficiles. Nous voulons un hôpital !"

Monekené Vouala : "J’ai mal au cœur, j’espère seulement que vous ne venez pas pour nous perdre le temps comme l’on déjà fait plusieurs personnes qui sont venues nous interroger sur nos problèmes et sont partis sans jamais donner de suite. Notre besoin le plus urgent est un hôpital. Les conditions d’accouchement ici sont très pénibles. Si ce n’est pas par la grâce de dieu, ce village serait peuplé d’orphelins car lorsqu’une femme accouche, elle est entre la vie et la mort. Il n’y a pas de sage-femme ici. Et s’il faut toujours aller à Brazzaville pour se faire soigner, ce n’est pas évident car nous devons emprunter la pirogue et on n’est pas toujours sûres d’arriver à temps. Mais s’il y avait un hôpital sur place, on sauverai des vies."

Odette Nzomala, enseignante à l’école primaire : " Nous avons un manque criard d’enseignants, nous n’avons que deux enseignements et la directrice pour l’école primaire. Les enfants ont la volonté de s’instruire, mais il n’y a pas assez d’enseignants. De plus, quand nos enfants  obtiennent le CEPE, ils sont obligés d’aller à 7 kilomètres d’ici. Il y a des moments ou l’eau déborde notamment en saison de pluie. Nous parents, souhaitons avoir un collège sur place c’est plus rassurant."  

Ngoma Albertine, (enseignante de l’armée du salut) : "Tout est mort ici. Mais ce qui me préoccupe le plus ici, c’est le problème de l’eau. Cela fait trois ans que je paye des bidons d’eau  par semaine que je fais transporter de Brazzaville à 200 FCfa. Et c’est une dépense qui me coûte cher. Mais vaut mieux préserver la santé."

Massouka Sylvie : "Nous voulons que le Congo se développe et cela passe par l’éducation les enfants qui bâtiront aussi notre pays demain. sauf qu'ici, il n’y a pas de collège et c’est un véritable problème pour les enfants quand ils obtiennent leur CEPE. Soit ils vont à Lisangha ou à Brazzaville. À Brazzaville on ne peut prendre les enfants en charge par rapport à nos revenus et nos maris n’ont vraiment pas grand chose étant des pécheurs."

 

 

Propos recueillis par Berna Marty
Légendes et crédits photo : 
Ngafoula Virginie et Annie Efikalokoua, deux des femmes qui ont exprimé leur ras-le-bol
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