Moudouka Regine: Matrone traditionnelle telle est sa vocation.

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Mercredi, Novembre 11, 2015 - 15:30

A 42 ans, mariée et mère de huit enfants, Moudouka Regine, accoucheuse traditionnelle au village de Kintégué, dans le district de l'Ile Mbamou, fait partie de la petite portion de femmes qui exercent avec beaucoup d’amour et d’humilité ce travail. Initiée par sa défunte mère, elle envisage, une fois qu’elle aura rassemblé assez de moyens financiers, partir en  formation pour approfondir ses connaissances.

Les Dépêches de Brazzaville: Comment êtes vous devenue matrone traditionnelle ?

Moudouka Regine C’est ma mère qui m’a initiée, étant elle-même accoucheuse traditionnelle. Pendant le travail, elle nous appelait, mes sœurs et moi et nous l’assistions sans trop en avoir le choix. Avec le temps, je suis rentrée dans le bain et j’ai commencé à faire accoucher les femmes assistée par ma mère. Ma première expérience était difficile certes mais très instructive. J’ai appris progressivement, sur le tas et je me suis faite une expérience personnelle par rapport aux différents accouchements car tous ne se ressemblent pas. D’autres sont plus difficiles alors que d’autres moins.

L.D.B: Comment se déroulaient ces enseignements autour de votre mère ?

M.R : Elle nous appelait quand une femme était en travail, de cette façon, elle nous expliquait les différentes étapes à respecter avant l’accouchement de la femme. En général, je commence par le touché, ensuite j’examine l’évolution du travail en faisant des touchés, parfois sans gants parce que les femmes n’en possèdent pas. Si l’enfant tarde à venir je demande parfois aux femmes de faire des marches. Le moment de l’accouchement est très crucial vu que je ne dispose pas de kit d’accouchement. Et quand il s’agit de couper  le cordon ambilical, j’utilise la lame gilette, tout se fait traditionnellement. Au cas où l’enfant avale le liquide amniotique je saisis l’enfant par la main et commence à le tapoter par le dos, le balancer en le tenant par les pieds jusqu’au moment où il réagira. Ce qui me réjouit c'est que depuis que j’ai commencé à faire ce travail je n'ai jamais eu des cas de décès tant au niveau de la mère que de l'enfant.

L.D.B: Comment se déroulent les principales étapes de l’accouchement ?

M.R: Quand une femme arrive pour accoucher, je discute avec elle, si je remarque  que ce cas est délicat, que je ne peux rien faire pour elle, je le lui dis. Et la patiente est obligée de prendre la pirogue pour aller à Brazzaville car moi je fais accoucher à la maison et il ya vraiment des risques.

L.D.B: Et tu le fais gratuitement ?

M.R : En fait il n’ya pas de consultation quand les femmes arrivent chez moi. Certaines sont plus reconnaissantes que d’autres. Il y en a qui  font des promesses mais ne les réalisent pas et d’autres  payent entre 5 à 10.000fcfa.

L.D.B: Cet argent te permet-il de vivre ?

M.R: Oui ça m’aide pour des besoins immédiats comme payer les frais scolaires de mes enfants, ou une ordonnance et parfois je me fais personnellement plaisir en m’offrant quelque chose de spécial, une façon de me rappeler que c’est grâce à tel ou tel accouchement que j’ai pu m’acquérir telle chose.

L.D.B: Quels sont tes projets ?

M.R : J’en ai réellement envie pour acquérir de nouvelles connaissances. Mais je n’ai pas les finances qu’il faut. Vous savez au cas où tout se déroulait mal lors de l’accouchement, j’aurai la police à mes trousses et je serai une hors la loi alors qu’avec un diplôme je serai plus sécurisée car la police est sur place et pourrait me faire payer une amende..

 

 

Propos receuillis par Berna Marty
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