Chorégraphie : Kettly Noël fait danser Bamako

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Jeudi, Novembre 12, 2015 - 17:30

Bamako est une ville très bruyante même si nombreux la trouvent "très polluée". C’est au cœur de cette effervescence urbaine que Kettly Noel, danseuse venue d’Haïti, a choisi d’installer son festival annuel, Dense Bamako Danse, désormais incontournable dans le paysage de la danse contemporaine africaine.

En 1999, Kettly Noël, danseuse et chorégraphe haïtienne arrive à Bamako, suivant son mari diplomate en poste au Mali. Rapidement, elle est séduite par les cultures locales, notamment la danse traditionnelle du Mali. Elle fonde la compagnie de danse Donko Séko avec des danseurs maliens. Deux ans après naît le Festival. La maison familiale située dans le quartier Mayambougou se transforme dès lors en espace de création, de rencontres, formations, recherches et accueil des artistes.

Ensuite, un grand plateau pouvant accueillir une quinzaine de danseurs se construit grâce à des fonds privés. Le resto, avec un lieu d'expositions « Fali Fatô » - « l’âne fou » en langue principale du Mali, le bamana, est construit en 2012. Pendant le festival, ce lieu sert de cantine aux participants et de mini plateau pour les afters.  

Le festival naît en 2004

Sa dénomination Dense Bamako Danse est un manifeste de Kettly et ses danseurs pour rendre accessible le festival. « La danse contemporaine n’est pas élitiste. Et la danse contemporaine n'est pas une danse imposée par les Blancs ! Je suis Noire, je suis Haïtienne, je m’exprime avec le langage de mon corps avec tous ceux qui partagent ma passion sans regarder leur race et leur origine ! Et je fais danser la ville, les quartiers les plus populaires comme Mayambougou où nous sommes ! On fait danser les gamins du quartier, on fait danser les mamans dans le marché Bozoloa Lampanikoro, on fait danser les jeunes dans les ruelles et les familles entières dans leur propre cours ! Le sommet du festival, c'est Balani - un bal poussière, comme un moment de fête, réunifiant tous les âges et toutes les couches de la population de Bamako. Et les Bamakois adorent ça ! Notre danse et notre festival ne s’adressent pas au public privilégié d’expatriés et de la bourgeoisie locale de l'Institut français – un des partenaires. Mais le cœur du festival, c'est chez nous à Donko Séko ! »

Pour cette douzième édition, cinquante danseurs venus de la sous-région y présentent leurs créations, une semaine durant. Dense, le programme du festival déborde d’évènements intenses. Ici, les journées commencent dès 8h30 par une traversée chorégraphique « CROSSING THE LINE » à travers les carrefours de la ville. Aux heures  de pointe quand le trafic est le plus intense. Au moment où chauffeurs et passagers sont impatients d'arriver au boulot. La douzaine de danseuses et danseurs, issus de différentes compagnies, portant des robes (en tissu pagne) et des calebasses en main, traversent sur une chorégraphie coquette et provocatrice invitant les personnes mal réveillées et boudeuses à s’éveiller dans la bonne humeur.

Tout le long du festival, le Conservatoire des arts de Bamako et au Donko Seko accueille des débats et formations ateliers intitulé KNLaboratory animés par des chorégraphes  comme Bernardo Montet (France), Rafaële Giovanova (Allemagne) ou Marcelo Shigueyuhi (Brésil). Quand le soleil se couche, s’enchaîne sur un carrefour en terre, au cœur d’un quartier populaire, une pièce issue de trois jours d’ateliers par dix danseurs. La musique du spectacle se mêle au bruit des motos, des voitures et au chant du muezzin venant droit de la mosquée.

Le public est pour la plupart constitué de gamins du quartier qui regardent émerveillés. Malgré cela, Kettly trouve que la création locale peine à émerger. Elle souhaite encourager davantage les initiatives des jeunes compagnies.

« Fatou t'as tout fait »

« Je danse la colère de mon excision. J’évoque une partie de ma vie très douloureuse dans le monde actuel. J'ai été excisée quand j’étais tout bébé avec l'accord de mes parents. J'ai tout fait pour savoir pourquoi cela m'a été fait. Je me suis rendue dans mon village natal pour assister à cette cérémonie odieuse... Pour ce combat, j'interpelle toutes les filles de la nouvelle génération à s'impliquer pour mettre fin à cette pratique ».

Autre pièce bouleversante et engagée : « Ballet Plastique » de la compagnie « Graines des Danseurs » avec le chorégraphe Alou Cissé dit Zol. Ici, les danseurs se couvrent et se découvrent des sachets pour évoquer l’urgence environnementale. La pièce créée en Allemagne dans la petite ville de Freiburg où Nelisiwe est en residence à l'institut des recherches chorégraphique Julius-Hans-Spiegel-Zentrum fait découvrir les « danses exotiques » des années 1910/1920 quand les danseurs européens imitaient les danses venu d'Asie ou d'Afrique. 

« Je suis fasciné par le fait qu’un être humain soit capable de regarder l’autre comme les Européens l’ont fait en les qualifiant d’« EXOTIQUE ». Ca ne rentre pas dans ma tête, J'ai mal à imaginer ça. Alors, je cherche dans cette pièce comment, nous qui sommes ailleurs, voyons l'exotisme des Européens ! »

 

Sasha Gankin
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