Une morphologie peu imposante, ni même impressionnante. Et pourtant cette femme pécheur de 85 ans est une fonceuse née. Déterminée et convaincue que « c’est à la sueur de son front qu’on gagne son pain », cette femme qui avait des raisons de se plaindre de la vie après avoir perdu ses huit enfants sur douze, continue de se battre et cela avec le sourire. Véritable légende dans le village de Kintengé, Oleli Oleli (qui signifie tu as beaucoup pleuré) est une habituée des eaux profondes. Rencontre.
En quelle année Oleli Oleli débute la pèche
Oleli Oleli : Dès que mon fils à commencer à faire ses premiers pas, j’ai commencé à accompagner mon mari à la pèche. Je ne saurai vous dire exactement à quel âge, mais je peux vous assurer que j’étais très jeune. Avec le temps, c’est devenue une passion pour moi. Mais à certains moments il m’arrivait de me plaindre auprès de mon époux sur la rudesse de cette activité. Lui, compatissant me dit un jour « si on te met dans une belle maison, mangeras- tu cette dernière ? Fais plutôt quelque chose avec tes mains et tu seras rassasié tous les jours ». Depuis ce jour, j’ai arrêté de me plaindre et je me suis mise au travail.
A 85 ans tu continues à pratiquer la pêche, faire les champs et vendre, alors que tu devrais te reposer. Qu’est ce qui t’animes à toujours être en action ?
Oleli Oleli : Oui c’est vrai, mais je ne m’aventurie plus comme avant dans les eaux profondes. A mon âge, je loue les services des gens qui viennent m’aider aux champs. Quant à la pèche je fais appel à mes filles ou aux jeunes gens du village. En fait, je reste sur la rive et m’assure que les gens que j’emploie font correctement leur travail. Et si ce n’est pas le cas, je descends moi-même et mets la main à la pâte. Dans ces rares moments je leur explique quelques techniques de pèche et leur communique ma passion pour cette noble activité. Et quand je ne suis pas au champ ou à la pêche, je fabrique aussi des nasses que je revends. En fait, je n’aime pas rester les bras croisés.
Vous êtes une légende au sein du village Kintégué. A quoi est due votre renommée ?
Oleli Oleli : Je pense que c’est dû à ma force de caractère. J’ai perdu huit enfants et il ne m’en reste que 4. Je ne veux pas passer mon temps à m’apitoyer sur mon sort et à quoi cela me servirait-il ? Je ne peux pas toujours compter sur mes enfants ou les voisins. Quant à la famille de mon mari, je n’en parle même pas. Car, ils m’ont dépouillé après le décès de mon mari alors que nous avons bâti notre patrimoine ensemble. J’ai appris à ne pas dépendre des gens, sinon on meurt de faim et manque de quoi se faire soigner, bref de quoi vivre. Et chaque matin je fais en sorte que ma journée soit rentable en vendant du poisson, des légumes ou même du manioc. Et quand je ne peux aller vendre à Brazzaville, mes clientes viennent à moi.
Vous êtes très respectée et très appréciée par l’ancienne et la nouvelle génération. Est-ce par rapport à votre parcours ?
Oleli Oleli : Les filles aujourd’hui aiment la facilité et aiment se faire entretenir. Elles ne veulent pas prendre de risque. A mon époque quand nous allions à la pêche avec mon mari, de retour au village c’est moi qui me chargeais de la vente des poissons. Et je disposais d’un petit fonds où je pouvais aisément aider ma famille et me prendre en charge. Et je contribuais aussi avec ma part à acheter les fournitures scolaires des enfants. Ce qui fait que j’étais devenue très connue dans l’île mais aussi à Brazzaville ou j’ai encore mes clientes qui viennent acheter le poisson ici, vu que je suis maintenant fatiguée. Une renommée que je dois à ma détermination et je suis heureuse que certaines jeunes filles commencent à prendre exemple sur moi. En effet, malgré l’absence de mon mari et le décès brutal de mon fils l’année dernière, je continue à me battre.
Quel message adressez-vous aux jeunes filles de votre village ?
Oleli Oleli : Je dis aux femmes de se lever et de se battre continuellement, c’est seulement comme cela, qu’elles pourront acquérir leur autonomie financière. Même si j’emploie des gens aujourd’hui, mais quand il le faut je n’hésite pas à mouiller le maillot pour montrer aux jeunes qu’il faut se battre et être déterminées pour réussir.










