En Suisse depuis le mois d’Août pour une résidence de création à Aarau située à 15 minutes de Zurich à Gasteatelier Kron (qui représente un studio d’artistes), Doctrové Basimba, artiste congolaise, récipiendaire du prix Sanza de MFoa, 2015, option peinture, a dévoilé, toute excitée, au public Suisse sa toute première collection individuelle.
Une étape importante dans sa carrière car, dit-elle, «Du festival international d’art contemporain au Sénégal, aux multiples expositions entre la RDC et le Congo Brazzaville, en passant par la France et autres pays africains, ma participation a toujours était collective. Mais cette fois c’était différent, j’étais au centre de ces travaux. Et je pense que c’est un moment très spécial pour ma carrière ».
Si l’artiste est à la fois réservée et timide, elle ne se laisse pas pour autant impressionner, Doctrové s’adapte tant bien que mal à son nouvel environnement et son espace de travail. « C’est une belle opportunité pour moi vu qu’ici, j’ai la possibilité de voir le travail des autres, de visiter des musées. Toutes ces expériences me permettent de me remettre en cause et de faire évoluer mon travail. Mais ce qui me conforte, au-delà de tout, est que mon travail est plutôt bien apprécié ici ».
Une estime qu’elle veut préserver, aussi, passe-t-elle la plus grande partie de ses journées dans son atelier et flâne d’un musée à l'autre avec beaucoup d’empressements à ses temps libres. « C’est vraiment impressionnant de voir ce que font les autres, ça vous stimule forcement à mieux faire. Je profite autant que je peux de visiter ateliers, musées, et de discuter avec les artistes. Comme je l’ai dit plus haut ce voyage marque une grande étape dans ma vie professionnelle ».
Décidément, cette année s’annonce plutôt bien pour la jeune artiste car, après sa nomination à la Sanza de MFoa, les portes de la reconnaissance
semblent désormais s’ouvrir. Connue pour sa peinture à première vue insoutenable, (on est frappé par l’assemblage des tessons représentant un homme mal voyant, ayant pour œil une vidéo au-dedans, duquel on peut lire ses pensées via des images qui défilent. Des incroyables portraits allant de l’enfant mongole et malformé, de la jeune fille aux béquilles, de l’enfant au crâne démesuré…) celle -ci dégage néanmoins une ardente envie de se battre, de se relever.
En effet, si pendant une longue période, les œuvres de Doctrové étaient construites spécialement sur ses tourments et ceux des autres, présentement l’artiste tourne définitivement la page et veut croire à un monde meilleur. « Partout dans le monde, il y a des femmes, aux sourires colorés, des visages aux sourires ridés par les coups de couleurs fades, d’un pinceau aux poils du désespoir qui ne laisse toucher du doigt la lueur d’une ébauche d’un sourire. Mais si chacun pouvait dire juste un mot coloré, la terre ou le monde tournerait autour d’une belle gamme de couleurs et emmétrait des rayons colorés de sourires sur chaque surface faciale ». Une ode que Doctrové dédie aux femmes via ses toiles plus souples, plus accessibles avec, cependant, ses coups de stylo résolument déterminés.
La vingtaine révolue, Doctrové se distingue des jeunes de sa génération par rapport à la thématique de sa palette mais aussi et surtout à la maturité de ses œuvres. Elle secoue, bouleverse les consciences, et interpelle toujours avec autant de violence.










