Ras-le-bol de Mireille Ngoma: « Stop aux décès des enfants par noyade à la plage »

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Vendredi, Avril 29, 2016 - 11:45

Mireille Ngoma, une force de la nature qui a su garder le cap malgré le parcours toujours pas rose que la vie lui a imposé.  Celle-ci est affectée par le décès d’Emmanuel Betty,  son fils, mort par noyade à la plage de la Raffinerie à Pointe Noire. Mireille, la quarantaine, mère de deux adorables enfants réitère son dicton. « C’est en limant, qu’on fait d’une poutre une aiguille ». Rencontre avec une femme exceptionnelle, une mère déterminée à faire entendre sa voix pour que ce phénomène cesse.  

«La vie est parsemée de joie et de malheur. Je peux crier haut et fort qu’elle n’a pas toujours été rose pour moi. Et dans ces épreuves, j’ai opté pour la lutte, mais une lutte menée en marchant et non en courant. Il a fallu que je fasse montre de courage, d’humilité, de détermination, tout en ayant bien entendu pour guide le très haut », lance d’emblée Mireille, affectueusement nommée Mimi par son entourage.

Aujourd'hui âgée d'environ quarante ans, Mireille, s'est mariée très jeune et se retrouve 7 ans plus tard, veuve avec trois enfants en charge à bas âge. «  Une période douloureuse et pénible vu qu’à l’époque je suis revenue chez les parents et je ne travaillais pas. J’étais tour à tour obligée de vendre du charbon, des fagots de bois et quand j’ai eu assez d’économie, j’ai ouvert une petite gargote qui m’a permis d’être financièrement indépendante de ma famille »,  a fait savoir Mireille qui, en dehors de la restauration, déposait çà et là des dossiers d'embauche dans les entreprises privées.

La restauration l’aide à tenir le cap, malgré les railleries de son entourage. « J’ai mis ma fierté de côté, je me suis investie corps et âme à la tâche en tant que vendeuse de bois et restauratrice. Cela a indubitablement forgé ma personnalité et m’a donné le courage de surmonter les épreuves qui se présentaient à moi », a fait savoir Mimi qui dédie cette victoire  à Dieu et à l’amour  qu'elle offre à ses enfants.

Alors que tout semble aller de travers en 2003, des opportunités de travail commencent à s’ouvrir à elle.  Ces petites activités ne pouvant plus subvenir à ses besoins, Mireille est contrainte de faire du porte à porte et c'est à ce moment que  la directrice générale d’une grande entreprise de la place lui ouvre ses portes. « Une dame au grand cœur dont je tais le nom qui a finalement accepté de m'admettre dans sa société comme réceptionniste de 2008  à 2010 », reconnait Mireille qui est  par la suite distinguée pour son dévouement,  son humilité,  sa détermination et le respect  pour  son travail. Des  qualités, qui lui ont valu une nomination en 2011 au poste de caissière principale au niveau de cette société.

Tandis qu’elle commence à reprendre goût à la vie, entourée de la chaleur de ses enfants,  Mireille est touchée en plein cœur : son fils Emmanuel, âgé à peine de 15 ans meurt à la suite d’une noyade aux abords de la plage de la Raffinerie le 15 janvier 2015. Tout s’écroule autour d’elle, une douleur indescriptible, une peine que Mireille tente tant bien que mal de soigner. « je ne peux pas expliquer cette douleur, je ne sais pas si je pourrai guérir de la disparition d’Emmanuel, mais je dois rester forte pour mes deux enfants, mais parfois je succombe », explique- t-elle, les larmes aux yeux et visiblement affectée.

«Ayant perdu mon fils par noyade et à chaque fois je vois un corps d’enfant sorti  de la mer devant de grandes foules, les familles endeuillées, je m’écroule et je sens comme un fardeau que d’autres ne semblent pas voir », explique péniblement Mireille qui souhaite que le gouvernement mette fin à ces noyades qui perdurent depuis trop longtemps et traumatisent de nombreuses familles.

«  Le 15 décembre dernier,  j’ai assisté à quatre décès d’enfants de moins de 16 ans toujours par noyade et au même endroit qu’Emmanuel, et dans le lot j’avais un parent. Au début de cette année un autre garçon de 20 ans a subi le même sort »,  a informé Mireille outragée devant le laxisme des autorités en place qui pourtant sont au courant mais ne prennent aucune disposition pour stopper ce phénomène qui prend de l’ampleur année après année.

«  Il y a aucune mesure de sécurité  au niveau de nos plages, et quand les riverains se plaignent, les autorités font la sourde oreille. Il faut que cela  cesse,  car c’en est  trop. Il y en a marre de voir des corps d’enfants inanimés suite à des noyades », clame Mireille qui sollicite par ailleurs l’intervention  des services d’ordre pour arrêter ce phénomène. «  On pourrait déjà installer des drapelets autour des zones dites dangereuses,  et que des vigiles surveillent de manière permanente cette zone », a t-elle conclu.

Toujours en quête de solutions, Mireille a formé un petit comité en vue de créer une association (avec quelques femmes dont les enfants sont également morts par noyade)  pour mettre fin à ce phénomène. « Stop aux noyades des enfants » serait donc sa devise pour débuter cette lutte.

 

Berna Marty
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