Dak'Art: Ils ont fait le OFF de la biennale

Onglets principaux

Ruth Afane Bilinga, jeune artiste camerounaise au service de la protection des forêts

Les Dépêches de Brazzaville : La forêt et les arbres sont au centre de votre œuvre 

Ruth Afane Bilinga : Exactement. Afané, mon prénom, signifie dans ma langue boulou « la forêt ». Mon travail artistique est consacré à la déforestation. Au Cameroun, beaucoup de gens croient à l’existence des esprits de leurs ancêtres dans la forêt et je me demande comment ces gens se sentent quand on coupe le bois... ils doivent ressentir cela comme un énorme assassinat en masse, un génocide ! J'essaye de traduire leurs croyances dans mes œuvres et mes performances.

LDB : Sur la toile intitulée « Sauvetage », les fourmis transportent un embryon. C’est une forte image !

RAB:  L'Embryon, c’est une jeune plante. C'est un acte de sauvetage de la forêt ! Car certaines fourmis construisent leurs nids avec des feuilles d’arbres et elles sont plus intelligentes que nous. Sur la deuxième toile « Les condamnés », on voit les billes des arbres avec des numéros. Ce sont des codes des essences des arbres que les sociétés forestières attribuent à chaque arbre coupé.

Originaire du Congo Brazzaville, le photographe Francis Kodia revendique le malaise de la jeunesse négligée par la société

LDB : Pourquoi ce titre Mboka, le pays en lingala ?

Francis Kodia : Cette œuvre artistique, est une conception, une création. Ce n'est pas un reportage. Je n’utilise que trois objets : un jeune homme, une veste et une cravate avec les trois couleurs du drapeau congolais. Les Congolais aiment les porter car c'est notre emblème. Le jeune homme en veste photographié comme en prison de face et de profil représente la jeunesse partout dans le monde qui se sent abandonnée par la politique, et qui ne trouve pas son avenir.

 

David Nkot  du Cameroun : Donner la visibilité aux victimes de violence dans l'art

LDB : Pourquoi avez-vous choisi le timbre postal comme cadre de vos tableaux ?

David Nkot : Un timbre postal est un support très nostalgique qui donne une autre vision dans le domaine de l'art. Je veux que mes œuvres donnent  la visibilité aux victimes de violence.  Mon but c'est d’affranchir les victimes de l'indifférence qui caractérise le visage complice du monde actuel. Les victimes tombent très facilement dans l'oubli. La question de la justice est très négligée dans le monde actuel. Ça me révolte et ça inspire mon art.

Les images sont très violentes

Ces derniers temps on ne peut pas passer une journée sans une information sur la violence quelque part dans le monde. Que ce soit le terrorisme, la violence physique, psychologique, morale ou politique. Avec mon œuvre j'invite les cinq continents à s’asseoir comme on s’assoit chez nous au village autour de l’arbre à palabres pour discuter et ensemble chercher à sortir de cette spirale mondiale de violence.

LDB : Mais vos timbres ne représentent pas la poste d'un pays ?

Non. Là où d'habitude sur un timbre est écrit le nom d'un pays, j'ai mis des noms de villes qui ont récemment subi des carnages terroristes comme Fotokol au nord du Cameroun ou Mona au Nigeria, des villes attaquées par Boko Haram ».

 

 

Propos recueillis par Sasha Gankin
Vendredi, Juin 10, 2016 - 13:15
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cp/dr
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