Un concept fin et surprenant dans cette ville de la démesure : une ancienne prison coloniale transformée en un petit parc charmant avec des étangs et des fontaines, et de nombreuses salles d'expositions et plateaux, pour la musique, pour le théâtre et ... ces jours-ci, pour le festival du film documentaire iREP.
Selon Femi Adugbemi, l'un des directeurs du festival, qui a tourné un documentaire sur le parc , « la plupart de nos héros - les combattants contre la colonisation - étaient emprisonnés ici et cela m'a encouragé à montrer comment un lieu où les voix étaient étouffées est devenu un lieu où de nos jours les voix sont entendues. Pour moi l'art est une plateforme unique où les "sans-voix” peuvent contribuer à la gouvernance avec quoique ce soit : par le film, par la musique, par le théâtre. L'art, c'est ça la vraie démocratie".
Un festival né autour d’une bouteille de vin rouge...
Une bande de copains intello de Lagos. Un prof d'histoire, Awam Amkpa, un réalisateur, Femi Adugbemi et un journaliste, le rédacteur en chef du quotidien très influent The Guardian Jahman Anikulapo. Tous partageaient leur frustration autour d'une bouteille de vin rouge à l'aéroport d'Accra sur le festival du documentaire dans cette même ville où ils se sont retrouvés en 2009.
En effet les étudiants de l’université qui abritait le festival à Accra n'y témoignaient pas grand intérêt malgré les personnalités invitées.
Ainsi est né le festival en 2011, sous la bannière « iREP » qui sous-entend « I Represent », c'est à dire : « je représente… ». Ce qui veut-dire « je représente…l'Afrique », bien sûr.
La 7ème édition de 2017 était consacrée au thème « Archiving Africa » ou comment « archiver l'Afrique? ». Une réflexion vivante (et politique évidemment) sur la façon dont on préserve et gère le patrimoine sur le continent …
Pour le professeur Awam Amkpa, « la carte de l'Afrique a été dessinée par le congrès de Berlin. Les archives de l'Afrique se trouvent à Londres, Paris, Bruxelles et les Africains eux- mêmes souvent n'ont pas accès à ces archives. Or dans ces archives l'Afrique est représentée comme une propriété des colonisateurs !
La façon africaine d'archiver est complètement opposée à la façon occidentale de voir les archives. Par exemple ici, le Freedom Parc c'est une archive vivante. Une archive de la domination et de la violence est transformée en une archive de la liberté et de l'indépendance. Les gens ne vivent pas pour les archives, c'est les archives qui servent aux gens. Le continent produit ses propres archives qui s'expriment aussi dans la façon dont les gens s'habillent. C’est un mélange de la tradition, qui reste présente et vivante, dans la modernité. »
50 films documentaires en 5 jours
Une cinquantaine de films documentaires ont été projetés 5 jours durant devant un public composé en majorité de jeunes, d’étudiants et d’intellectuels.
L’atmosphère passionnée des débats et des rencontres avec les réalisateurs et producteurs nous fait sentir la curiosité des jeunes à connaître l'histoire de leur continent.
L'Égyptienne Jihan el Tahri, l’une des documentaristes les plus célébrées du continent, était l'invitée d’honneur de cette 7ème édition. Son documentaire sur l'histoire de l'ANC (African National Council, l'organisation anti-apartheid) en Afrique du sud. En 2011, son film « derrière l'arc en ciel » fit l'ouverture de la première édition de I REP. Cette année, c’était autour de sa trilogie « Les Pharaons de l'Égypte moderne – Nasser, Sadate, Moubarak ». « Ma trilogie dit-elle c'est une étude sur la faillite post-coloniale. On parle souvent de la faillite de la démocratie – mais les sociétés traditionnelles sur le continent n'ont pas manqué de démocratie si on parle du principe « un homme – un vote ». Le continent a manqué de développement et de modernité à l’occidentale ; l’exigence de la démocratie est venue avec l'aide au développement – les donateurs occidentaux cochent des petites cases pour accorder ou pas l'aide financière. Alors j’explore comment nous en sommes arrivés là ! ».
Le festival revient en mars 2018.










