Festival du film africain de Louxor : « La sixième édition m’a permis de voir comment la nouvelle génération pose son regard sur le continent », déclare Caroline Kamya

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Vendredi, Mai 26, 2017 - 14:30

Membre du jury court métrage lors de la sixième édition du festival du film africain (Egypte), Caroline Kamya, originaire d’Ouganda, la quarantaine révolue, nous parle de son expérience en tant que femme noire et productrice exécutive à la Founder IVAD, Spinsters studio and WAM au Pays-Bas. Si cette dernière a trouvé sa place, à coup de travail et de rigueur, elle reconnait toutefois que ce n’est pas toujours facile pour de nombreux artistes africains qui triment à  s’imposer à cause des différences culturelles et du racisme parfois.  Très proche de son pays l’Ouganda, car elle y puise son inspiration, Caroline n’est pourtant pas prête à revenir y travailler. Néanmoins elle souhaiterait apporter son expérience au  cinéma « africain » (terme qu’elle méprise) dans le domaine de la production. Caroline Kamya estime que, contrairement à d’autres continents, l’Afrique dispose encore d’un terrain qui ne demande qu’à être exploité.

 

 

 

 

 

 

Les Dépêches de Brazzaville (LDB) : Quel regard posez-vous sur le cinéma en Afrique ?

Caroline Kamya (CK) : L’avenir du cinéma, c’est en Afrique parce que les autres cinémas anciens à l’exemple d’Hollywood ont épuisé leur contenu et se cherchent maintenant. Cependant l’Afrique regorge des ressources pour un cinéma d’avenir. 

LDB : Originaire d’Ouganda, vous résidez au Pays-Bas. Quels rapports entretenez-vous avec vos collègues basques ?

CK : Je travaille dans une chaine de télévision au Pays-Bas. Mais de façon générale ce n’est toujours pas facile pour un artiste africain de s’imposer dans le milieu où elle évolue en Europe. En ce qui me concerne, je ne rencontre pas ce genre de problème. C’est un regard plutôt positif que mes collègues et la société ont à mon égard. Mais je sais que ce n’est pas toujours évident avec les problèmes de culture et de racisme…Mais c’est vrai qu’il y en a aussi qui s’en sortent.

LDB : Comment  êtes-vous arrivé  au cinéma et qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ?

CK :  Lorsque j’avais quatorze ans et vivais en Angleterre, mon père m’avait offert un appareil photo. Et quand je suis allée en vacance chez ma grand-mère en Ouganda, j’ai pris des photos de ma famille. A mon retour en Angleterre, j’ai montré ses clichés à des amis et à mon étonnement, ces amis anglais avaient une image un peu rustique de l’Afrique. Certains croyaient que nous vivions sur les arbres. Dès lors j’ai envie de monter les vraies images de l’Afrique, en opposition avec ce que l’on montrait sur les chaines de télévision en Angleterre.  Et c’est à ce moment que j’ai su ce que je devais faire. Ma première réalisation cinématographique, je l’ai faite en 2004 alors que j’étais encore étudiante. Ensuite, j’ai fait un long métrage fiction qui a vraiment bien marché.

LDB : Comment sont reçus vos films dans votre pays ?

CK : Quand j’ai montré mon film en Ouganda, je l’ai aussi montré à la même période à Berlin. A Berlin, ils ont compris la dimension forte du film et les gens étaient silencieux dans la salle alors qu’en Ouganda c’était carrément une comédie ; les gens riaient tout au long de la projection alors que le film était tout sauf drôle.

LDB : Peut-être que le thème ne leur parlait pas particulièrement du fait de la proximité ?

CK : Dans mon film j’ai fait le portrait croisé de trois personnages, un enfant soldat, une domestique et un rappeur… Mon film était simplement un arrêt sur image de l’Ouganda de cette époque au travers de ces trois personnages.

LDB : Avez-vous l’intention de repartir travailler en Ouganda et même en Afrique ?

CK : Déjà toutes mes activités se passent en Afrique. Pour le moment je ne suis pas encore prête mais pourquoi pas dans quelques années mais pour l’instant je préfère apporter mon expérience à ceux qui sont restés au pays sur le plan de la production.

Berna Marty
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