Tsitsi Dangaremga : « Je fais un film pour que les choses changent, bougent »

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Vendredi, Mai 26, 2017 - 17:30

Réservée de nature, Tsitsi Dangaremga, la cinquantaine, écrivaine et cinéaste Zimbabwéenne se révèle volubile quand il s’agit de parler du 7ème art africain. Habituée au festival international du film africain de Louxor, elle nous parle de son expérience en tant que membre du jury long métrage de cette sixième édition.

Les Dépêches de Brazzaville (LDB) : Quatrième fois au festival de Louxor (deux fois en tant que réalisatrice et deux fois en tant que membre du jury), peut-on avoir vos impressions ?

Tsitsi Dangaremga (TD) : C’est toujours avec une immense joie que je me retrouve à Louxor vu que je peux échanger et discuter avec les cinéastes venus du monde entier. En fait Louxor représente pour moi une sorte de porte ouverte sur l’Afrique dans la mesure où j’ai la possibilité de voir des films que je n’ai pas l’occasion de voir à d’autres festivals. En plus on a le temps de discuter sur des éventuelles collaborations de travail entre pays africains, au lieu de toujours tendre la main vers l’Occident. Et ce qui me réjouis encore, c'est le fait que je vois beaucoup de films faits par des Africains, avec un regard purement africain, au lieu d’avoir une programmation des films des étrangers qui racontent l’Afrique selon leur regard.

LDB : Aussi quel est votre regard sur le cinéma africain ?

TD : Plutôt positif, car on voit de plus en plus d’images réalisées par la nouvelle génération. Une bonne chose vu que les nouvelles technologies facilitent les réalisations.  Mais cette frénésie à vouloir à tout prix réaliser des films, peut poser problème, car dans ce patchwork d’images, il y a certes de bonnes productions, mais aussi et beaucoup d’amateurisme malheureusement. Ce qui fait que sur le plan international ils n’ont pas de chance d’être vus et de plus, ces films ne rehaussent pas l’image de notre continent.

LDB : Et que fait le Zimbabwe pour rehausser le 7ème art ?

TD : Nous rencontrons les mêmes problèmes que tous les autres pays africains : problème de formation, de financement... En ce qui me concerne j’insiste sur la formation, ensuite nos Etats devraient normalement prendre le relais pour ce qui est du financement. Le cinéma coûte cher et si nos pays veulent que leurs images circulent à travers le monde, il faut que les Etats s’investissent. A ce jour on a besoin d’unir nos compétences et ce genre de plateforme sont des occasions pour discuter sur comment travailler ensemble au lieu de tout le temps tendre la main vers l’Occident car nous avons tant de choses à dire.

LDB : Et quelle est la place de la femme dans le cinéma zimbabwéen?

TD : La femme zimbabwéenne est présente dans le cinéma, mais quand il s’agit de la répartition des ressources, les hommes sont toujours privilégiés. Les femmes ne se découragent pas pour autant. Elles font les films avec le peu de sous dont elles disposent. Moi-même je suis dans le cinéma depuis quinze ans, et j’avance tant que je peux.  Mais ce n’est pas toujours facile je l’avoue.

LDB : En général quel message apportez-vous dans vos réalisations ?

TD : En fait je fais des films quand j’en ressens le besoin, ce n’est pas systématique : un fait social qui me marque, une histoire écoutée dans un moyen de transport. Je fais un film pour que les choses changent, bougent.

 

 

Propos recueillis par Berna Marty
Légendes et crédits photo : 
Tsitsi Dangaremga, réalisatrice du Zimbabwe
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