Grand prix de la nouvelle décerné par le ministère sénégalais de la Culture, avec sa nouvelle «Mafouaou», «Les Morceaux d’un rêve» est le premier roman de Sylvia Djouob Bokoko. Publiant ces deux textes dans un même livre, l’auteure s’est proposé d’écrire pour un monde plus juste. Juste surtout envers les plus vulnérables.
Au préalable, nous relevons deux passages qui illustrent assez bien, consécutivement, l’esprit de ces deux parties du livre:
«-Non, le peuple africain doit se lever et marcher droit vers une véritable indépendance. Il faut qu’il se libère d’abord de son égoïsme qui l’étouffe comme un boa autour de sa proie. Il nous faut instituer une journée internationale en souvenir de tous les Noirs morts ici et là pour le bien de l’humanité tout entière.» (p.94)
Et, «C’était la coutume. Certaines personnes contrôlaient tous mes faits et gestes. La causerie était alimentée par ce que faisait Mafouaou. On m’imposa le silence. Pour eux, mes journées se devaient être toujours tristes. Avais-je un cœur de pierre pour ne pas sentir la douleur ? N’était-ce pas moi qui étais la plus touchée ? Je ne portais que deux petits pagnes noirs. Je ne mettais non plus de camisoles. Ma poitrine de jeune femme était crasseuse. Mes ongles poussèrent. Je ne pus les tailler. Je dormais sur la dure avec mes deux fillettes. Je pleurais tous les soirs mon époux. Nous étions déjà très habitués l’un à l’autre. Nous nous comprenions toujours. On racontait tout de même que je n’avais pas été touchée par la mort de mon époux, que je voulais que son argent. Je souffrais. Seul, mon époux aurait pu dire si je l’aimais. Mes beaux-parents étaient devenus maîtres absolus dans notre maison. Ils mirent toutes les voitures à leur disposition. Je ne pus dire mot.» (p.166)
Edité par Hémar, «Les Morceaux d’un rêve» est une histoire imaginaire sur l’Afrique post-coloniale. Les espoirs qu’ont suscités les indépendances, et les maux qui s’en sont suivis marquent un mélange d’enchantement et de désenchantement par une prose regorgeant beaucoup de métaphores. Ce premier texte est suivi d’une nouvelle intitulée «Mafouaou».
À la quatrième de couverture, nous lisons: «Dans ce récit écrit au plus près du vécu, sont abordés avec lucidité et clairvoyance les problèmes que rencontre l’Afrique: la sexualité incontrôlée, la perpétuation de croyances d’un autre âge, le non-respect des droits et des libertés du citoyen, en particulier ceux de la femme. Quant à la nouvelle Mafouaou, elle s’interroge sans faux-fuyant sur les conditions de la veuve et de l’orphelin dans les sociétés africaines.»
Signalons que Sylvia Djouob Bokoko, née à Brazzaville, est professeur de lettres à l’Université Marien-Ngouabi, après avoir enseigné pendant plus de vingt ans en France. Le livre est disponible aux éditions Hémar.










